Profession médicale · Bac+6

Devenir chirurgien-dentiste : études, salaire et débouchés

Le chirurgien-dentiste est une profession médicale spécialisée dans le diagnostic, la prévention et le traitement des pathologies bucco-dentaires. C'est l'un des métiers libéraux les mieux rémunérés en France : jusqu'à 12 000 €/mois en libéral établi, après 6 années d'études exigeantes accessibles via PASS ou LAS.

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Profession médicale
Soigner la bouche,
les dents, la mâchoire.
Études
6 ans
PASS/LAS + 5 ans en faculté d'odontologie
Salaire net (médian)
7 500 €
par mois en libéral après 5 ans
Sélection PASS
~5 %
de places en odontologie
Facultés d'odonto
16
UFR d'odontologie en France
En France
43 000
chirurgiens-dentistes en exercice
Demande
+6 %/an
déserts dentaires en augmentation

En quoi consiste le métier de chirurgien-dentiste ?

Le chirurgien-dentiste est un professionnel médical de santé qui diagnostique, prévient et traite les affections de la cavité buccale, des dents, des gencives, des mâchoires et des tissus annexes. Il assure également le suivi de la santé bucco-dentaire générale de ses patients.

C'est un métier technique exigeant qui combine habileté manuelle, précision millimétrique, connaissance médicale et relation patient. Le chirurgien-dentiste passe une grande partie de son temps en posture statique, concentré sur des actes de quelques millimètres carrés.

Les actes du quotidien

  • Soins conservateurs — détartrage, traitement des caries, dévitalisations (endodontie), restaurations.
  • Prothèses — couronnes, bridges, prothèses amovibles, prothèses sur implants. Très rentable en libéral.
  • Implantologie — pose d'implants, greffes osseuses. Acte hors-nomenclature, librement tarifé.
  • Orthodontie — traitement des malpositions dentaires (avec spécialisation).
  • Chirurgie buccale — extractions complexes, dents de sagesse, biopsies.
  • Odontologie pédiatrique — prévention et soins chez l'enfant.
  • Parodontologie — traitement des gencives et du parodonte.

Les études : 6 ans en faculté d'odontologie

Le parcours pour devenir chirurgien-dentiste dure 6 ans après le bac (8 à 9 ans avec une spécialisation).

Année 1 : la sélection PASS ou LAS

Comme pour les autres filières MMOPK, l'accès passe par PASS ou LAS. La sélection en odontologie est l'une des plus drastiques : environ 5 % des étudiants en PASS y accèdent, ce qui en fait une voie aussi sélective que la médecine.

Années 2 à 6 : la faculté d'odontologie

5 années en UFR d'odontologie (DFGSO 2-3 puis DFASO 4-6). Le programme combine sciences fondamentales (anatomie, physiologie, pharmacologie), enseignements odontologiques spécifiques (cariologie, parodontologie, prothèse, chirurgie) et stages cliniques croissants.

À partir de la 4ᵉ année, l'étudiant exerce sur de vrais patients dans les centres de soins dentaires universitaires, sous la supervision des enseignants. La 6ᵉ année est consacrée à la rédaction et à la soutenance d'une thèse d'exercice.

Spécialisations possibles (3 ans supplémentaires)

Trois spécialisations officielles en France : orthodontie (CECSMO, 3 ans, accès sur concours interne très difficile), chirurgie orale (3 ans), médecine bucco-dentaire (3 ans).

Combien gagne un chirurgien-dentiste ?

L'odontologie est l'une des professions libérales les mieux rémunérées en France, principalement grâce aux actes hors-nomenclature (prothèses, implantologie, orthodontie) librement tarifés.

ProfilSalaire net mensuelConditions
Hospitalier débutant2 400 €Échelon 1 PH
Collaborateur libéral3 500-5 500 €Premières années
Libéral 5 ans installation7 500 €Patientèle stable
Libéral 10 ans9 000-11 000 €Cabinet établi
Libéral 15 ans+12 000 €Avec implantologie
Spécialiste orthodontiste15 000-25 000 €Activité ortho exclusive
Zone sous-dotéejusqu'à 14 000 €Aides à l'installation

Les charges en libéral (URSSAF, CARCDSF, loyer, assistante dentaire, prothésiste, fournitures, équipement) absorbent 50 à 65 % du chiffre d'affaires. L'investissement initial pour s'installer est lourd : 200 000 à 500 000 € selon l'équipement (fauteuil, scanner, panoramique, laser).

Spécialisations possibles

Orthodontie (CECSMO)

3 ans après le DE, accès sur concours interne très sélectif (environ 50 places nationales par an). C'est la spécialité la plus prestigieuse et la mieux rémunérée. Salaires jusqu'à 25 000 €/mois en libéral.

Chirurgie orale

3 ans après le DE. Se concentre sur les chirurgies complexes : implants, greffes osseuses, dents incluses, ablations de kystes. Salaire libéral autour de 12 000 à 18 000 €/mois.

Médecine bucco-dentaire

3 ans après le DE. Plutôt orientée vers les pathologies médicales de la sphère orale, l'oncologie, la prise en charge des patients à besoins spécifiques. Souvent en cadre hospitalier.

Implantologie (sans spécialité)

De nombreux dentistes se forment à l'implantologie via des DU ou des formations privées. C'est l'une des activités les plus rentables (un implant + couronne facturés 2 000 à 3 000 €).

Journée type d'un chirurgien-dentiste libéral

Voici la journée d'un chirurgien-dentiste de 36 ans, installé en cabinet de groupe à Strasbourg depuis 8 ans, exerçant en omnipratique avec une activité prothèse et implantologie.

8 h
Préparation du cabinet

Allumage des fauteuils, vérification des stérilisateurs, contrôle des stocks (anesthésiants, composites, fils de suture). Lecture des dossiers du matin. Briefing avec l'assistante dentaire.

8 h 30 - 12 h 30
Consultations matinales

8 patients en moyenne : détartrage, obturation composite sur molaire, dévitalisation, pose de couronne céramique, deux contrôles d'orthodontie chez des adolescents, urgence (rage de dent), empreinte numérique.

12 h 30 - 13 h 30
Pause déjeuner

Une heure de pause. Déjeuner avec les confrères, échange sur les cas complexes du matin. 15 min pour vérifier les laboratoires (prothèses commandées).

13 h 30 - 17 h 30
Actes lourds

L'après-midi est consacré aux actes plus longs : pose d'implant en zone molaire (1 h 30), pose de prothèse supra-implantaire (45 min), suivi post-chirurgical (greffe osseuse), contrôles à 6 mois, empreinte pour appareil amovible.

17 h 30 - 19 h
Comptes-rendus, devis, gestion

Comptes-rendus opératoires, validation des devis prothèses (montants 800 à 4 500 €), prises en charge mutuelles, planning de la semaine suivante. Total : 14 patients vus, 11 h de travail effectif.

Cette journée correspond à un cabinet d'omnipratique mature. Un orthodontiste exclusif voit plus de patients (jusqu'à 30 par jour) sur des actes plus courts (15-20 minutes). Un chirurgien oral pratique moins d'actes mais plus complexes (extractions de dents de sagesse difficiles, greffes osseuses, implants multi-sites).

L'installation : créer ou racheter un cabinet

L'installation en libéral est l'étape la plus stratégique de la carrière d'un dentiste. Trois options principales s'offrent au jeune diplômé.

Le rachat d'un cabinet existant (60 % des installations)

L'option la plus courante. Acheter un cabinet existant permet de récupérer une patientèle constituée, du matériel récent, du personnel formé et un emplacement validé. Coût : généralement de 250 000 à 600 000 € en France métropolitaine, plus selon la zone (Paris intra-muros : jusqu'à 1,2 million d'euros). Le prix se calcule sur la base de 1 à 1,5 fois le chiffre d'affaires annuel. Les banques financent généralement 70 à 90 % de l'achat sur 7 à 12 ans.

La création de cabinet (25 % des installations)

Créer son cabinet de zéro permet de tout maîtriser : emplacement, décoration, équipement de pointe, patientèle. L'investissement initial est plus modeste (120 000 à 350 000 € selon l'équipement) mais le démarrage est plus long : 1 à 3 ans pour atteindre une patientèle complète. Recommandé en zones sous-dotées avec aides à l'installation conventionnelles (jusqu'à 50 000 € sur 3 ans).

La collaboration (15 % des installations)

Devenir collaborateur dans un cabinet existant : on perçoit un pourcentage du chiffre d'affaires généré (généralement 40 à 50 %) en l'échange de l'utilisation des locaux et du matériel. Pas d'investissement initial, idéal pour les jeunes diplômés qui ne veulent pas s'engager dès le départ. Inconvénient : revenus moindres et absence de patientèle "à soi". Beaucoup de dentistes commencent ainsi avant d'acheter leur propre cabinet.

Les zones sous-dotées : opportunités et conditions

L'Assurance Maladie a identifié près de 1 200 zones "sous-denses" en France métropolitaine. S'y installer ouvre droit à : contrat d'aide à l'installation (CAI) de 35 000 € versés sur 3 ans, majoration de 30 % des honoraires des actes lourds pendant 3 ans, exonération partielle de cotisations sociales pendant 3 ans. Au total, on estime l'avantage financier à 80 000-120 000 € sur 5 ans pour un dentiste s'installant dans une zone très sous-dotée.

Les réalités méconnues du métier de dentiste

Les troubles musculo-squelettiques sont la maladie professionnelle n°1

Travailler 8 heures par jour penché sur un fauteuil, en posture asymétrique, avec des outils précis nécessitant une grande tension musculaire de la main et de l'avant-bras... 62 % des dentistes français déclarent souffrir de douleurs cervicales chroniques, 45 % de douleurs lombaires. Beaucoup investissent tôt dans l'ergonomie : tabouret-selle, loupes binoculaires, aspiration externe, organisation à 4 mains avec une assistante dentaire (réduit la posture asymétrique).

Le stress du contentieux médical augmente

Les contentieux entre patients et dentistes ont augmenté de 30 % en 10 ans, principalement sur les actes prothétiques et implantaires (où l'écart entre attentes et résultats peut être grand). Chaque dentiste libéral doit obligatoirement souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle (3 000 à 6 000 €/an). Les MACSF et MAAF dominent ce marché.

Le rapport patient peut être difficile

Beaucoup de patients arrivent au cabinet avec des phobies, des angoisses, parfois des traumatismes liés à des soins dentaires d'enfance. Gérer cette dimension psychologique fait partie intégrante du métier. Certains dentistes se forment à l'hypnose médicale, à la sophrologie, ou aux techniques de communication thérapeutique pour mieux accompagner les patients anxieux.

L'investissement matériel est continu

Au-delà de l'installation initiale, un dentiste investit chaque année 5 à 15 % de son chiffre d'affaires dans du matériel : renouvellement des fauteuils tous les 10-15 ans (40 000 à 80 000 € le fauteuil moderne), scanner intra-buccal (30 000 à 60 000 €), panoramique numérique, laser dentaire, formations continues techniques. C'est l'un des métiers de santé les plus capitalistiques.

La formation continue est intense

Le métier évolue vite (matériaux composites nouvelle génération, implantologie guidée par ordinateur, blanchiment au laser, scanner facial 3D). Les dentistes consacrent en moyenne 50 à 80 heures de formation continue par an, souvent à leurs frais (DU à 3 000-8 000 €, congrès internationaux à 2 000-5 000 €). Cet investissement intellectuel est l'un des plus exigeants du secteur médical.

Les revenus sont élevés mais à réinvestir

Les chiffres bruts (12 000-25 000 €/mois) impressionnent, mais il faut soustraire : remboursement d'emprunt d'installation (3 000-6 000 €/mois pendant 7-10 ans), charges fixes du cabinet (loyer, assistante, prothésiste, fournitures), charges sociales (URSSAF, CARCDSF), formation continue, renouvellement matériel. Le revenu net effectivement disponible pour le dentiste se situe plutôt entre 6 000 et 12 000 €/mois sur les 10 premières années, puis monte fortement après remboursement des dettes.

Témoignage : Théo, dentiste libéral à Strasbourg

Pour mettre des mots et un visage sur les chiffres, voici le témoignage de Théo, 36 ans, chirurgien-dentiste libéral installé en cabinet de groupe à Strasbourg depuis 8 ans, après 2 ans de collaboration. Il exerce en omnipratique avec une activité forte en prothèse et implantologie.

« J'ai redoublé une fois ma PASS à Strasbourg avant d'avoir l'odontologie. Ce sont les deux années les plus difficiles de ma vie — je dormais 5 heures par nuit, je vivais chez mes parents, je n'avais plus de vie sociale. Quand j'ai vu mon nom sur la liste des admis en odonto, j'ai pleuré pendant 20 minutes. Sept ans plus tard, je ne regrette absolument rien. Le métier est techniquement passionnant, mes revenus me permettent de vivre confortablement avec ma compagne et notre fille de 3 ans, et je vois mes patients me dire merci tous les jours. Le seul vrai bémol : mon dos. À 36 ans, je commence à avoir des cervicalgies chroniques malgré mon tabouret-selle, mes loupes binoculaires et mes 4 séances de pilates par semaine. C'est l'envers du métier que personne ne raconte assez aux étudiants. Mon conseil pour les futurs candidats : faites au moins 2 jours de stage d'observation chez un dentiste avant de vous engager. C'est un métier où on travaille avec ses mains, le corps en tension, dans la bouche d'inconnus, parfois avec du sang et de la salive — il faut être à l'aise avec tout ça avant de signer pour 6 années d'études. »

Le métier de dentiste à l'international

L'odontologie est l'une des professions de santé les plus mobiles dans le monde. Une fois diplômé, le chirurgien-dentiste français peut s'expatrier dans plusieurs pays sous réserve d'équivalences variables.

Suisse : eldorado financier

La Suisse paie les dentistes parmi les mieux du monde : 15 000 à 30 000 CHF/mois (16 000 à 32 000 €) en libéral installé. Les conditions d'exercice sont excellentes (forte demande, patients solvables avec assurances complémentaires). Mais les barrières à l'entrée sont élevées : reconnaissance du diplôme par la MEBEKO (Office fédéral suisse), examen suisse obligatoire pour exercer hors zones francophones, niveau d'allemand exigé. Plusieurs centaines de dentistes français traversent la frontière chaque année (Bâle, Genève, Lausanne).

Belgique : équivalence directe

Le diplôme français est directement reconnu en Belgique grâce à la directive européenne 2005/36/CE. Salaires comparables à la France (8 000-15 000 €/mois en libéral), mais conditions de vie agréables, fiscalité parfois plus douce. Bruxelles et Liège attirent particulièrement les jeunes diplômés français.

Royaume-Uni : forte demande, conditions difficiles

Le NHS britannique manque cruellement de dentistes. Salaires : 60 000 à 120 000 £/an en libéral (75 000 à 150 000 €). La reconnaissance du diplôme français est automatique grâce aux accords post-Brexit. Cependant, conditions de travail intenses (consultations chronométrées, paperasse importante, rendement plus élevé qu'en France). Plus adapté aux profils carriéristes qu'aux profils "qualité de vie".

Canada (Québec) : intéressant mais complexe

Au Québec, le diplôme français nécessite une équivalence partielle et un examen national de l'Ordre des dentistes. Une fois ces étapes franchies, les salaires sont excellents (130 000 à 250 000 CAD/an, soit 90 000 à 170 000 €). Beaucoup de dentistes français francophones tentent l'aventure pour les conditions d'exercice (technique de pointe, pas de plafonds tarifaires) et la qualité de vie (espaces, nature, sécurité).

Autres destinations populaires

Émirats Arabes Unis (Dubaï, Abu Dhabi : revenus très élevés mais contraintes culturelles et permis de travail), Australie (forte demande, équivalence avec OET, salaires élevés), États-Unis (très complexe : examens NBDE I et II + résidence + équivalence par chaque État, mais revenus exceptionnels en cabinet privé).

Trois autres parcours : du libéral à l'hospitalier en passant par la spécialisation

Pour donner à voir la diversité des parcours en odontologie, voici trois témoignages complémentaires de praticiens aux profils très différents.

Émilie, 29 ans — orthodontiste exclusive à Lyon

« J'ai obtenu mon CECSMO (spécialité orthodontie) après 3 ans d'internat à Strasbourg. Aujourd'hui à 29 ans, j'exerce en cabinet de groupe à Lyon avec deux confrères orthodontistes. Notre patientèle est essentiellement composée d'adolescents de 11 à 18 ans (70 %), d'adultes en demande esthétique avec aligneurs Invisalign (25 %), et d'enfants pour des traitements précoces (5 %). Mon planning est saturé jusqu'à 3 mois d'avance, je travaille 4 jours par semaine pour préserver ma vie personnelle, et je gagne autour de 18 000 €/mois nets. Le concours d'internat orthodontie a été l'épreuve la plus difficile de mon parcours — environ 60 places nationales pour 1 200 candidats, soit 5 % d'admis. Mais ça vaut largement la peine : c'est une spécialité passionnante intellectuellement (planification 3D, biomécanique des forces orthodontiques, croissance crânio-faciale), avec un revenu confortable et des conditions de travail apaisées. À tous les étudiants en odonto qui visent l'ortho : commencez à vous préparer dès la D2, et faites des stages d'observation chez plusieurs orthodontistes pour confirmer votre vocation. »

Marc, 45 ans — chirurgien-dentiste hospitalier à l'AP-HP Paris

« J'ai exercé 10 ans en libéral à Toulouse avant de basculer en hospitalier à l'AP-HP. Pourquoi ce changement ? J'avais besoin d'autre chose : la routine du libéral m'épuisait psychologiquement, et je voulais soigner des patients qui en avaient vraiment besoin. À l'hôpital, je m'occupe principalement de patients en chimiothérapie (avant traitement, pour assainir la cavité buccale), de patients porteurs de prothèses faciales après cancer ORL, et de patients hospitalisés en psychiatrie qui ne sortent pas. Je gagne 4 800 €/mois (échelon 6 PH), c'est moins que mes 9 000 € en libéral, mais j'ai retrouvé du sens. Mes journées finissent à 18 h précises, j'ai 8 semaines de congés payés par an, et je participe à de la recherche clinique sur les biomatériaux dentaires. Mon conseil aux étudiants : ne raisonnez pas qu'en termes de revenus. La carrière idéale est celle qui correspond à votre tempérament profond, pas à celle qui vous fait gagner 18 000 €/mois en travaillant 60 h/semaine. »

Naïma, 33 ans — collaboratrice dentaire à Marseille

« Je suis collaboratrice dentaire à Marseille depuis 4 ans, après ma thèse à l'université d'Aix-Marseille. Je n'ai pas voulu m'installer en titularité tout de suite parce que je voulais d'abord apprendre, faire des erreurs, comprendre comment fonctionne un cabinet sans avoir la pression financière d'un emprunt. Mon contrat avec mon titulaire prévoit que je perçois 45 % du chiffre d'affaires que je génère, soit en moyenne 5 800 €/mois nets. Je travaille 4 jours par semaine, et le 5ᵉ jour je vais à un cours de DU en parodontologie pour me spécialiser. Mon objectif : racheter un cabinet à Marseille dans 3-4 ans avec un projet centré sur la parodontologie et l'implantologie. Le statut de collaboratrice n'est pas une voie de garage — c'est une voie d'apprentissage qui prépare une installation réussie. Je conseille à tous les jeunes diplômés de faire au moins 2 ans en collaboration avant de s'installer. »

Trois anecdotes cliniques qui racontent le métier

Pour comprendre le métier au-delà des chiffres, voici trois situations cliniques typiques qu'un dentiste libéral rencontre régulièrement.

L'urgence du vendredi soir

Il est 18 h 45 un vendredi. Le dentiste va fermer. Une mère de famille arrive avec son fils de 9 ans qui s'est cassé une dent de devant en jouant au football. La dent est complètement fracturée jusqu'à la pulpe. L'enfant pleure, la mère panique. Le dentiste va devoir prendre 1 h 30 supplémentaires pour : anesthésier, réaliser un coiffage pulpaire d'urgence, poser une obturation provisoire, prescrire un antalgique, planifier le suivi (dévitalisation + restauration définitive). Cette consultation non rentable financièrement (cotation pédiatrique faible) est pourtant essentielle pour la confiance des familles dans le cabinet — et la mère reviendra pour ses propres soins, ainsi que son mari et ses autres enfants.

Le devis prothèse refusé

Un patient de 62 ans consulte pour des dents très abîmées. Le bilan révèle qu'il faut extraire 6 dents et poser une prothèse partielle. Le devis s'élève à 6 800 € (extractions + prothèse). Le patient revient une semaine plus tard avec son devis raturé : sa mutuelle refuse 50 % des frais, il ne peut pas avancer 3 400 €. Le dentiste doit alors proposer un plan de traitement dégradé : prothèse amovible standard à 2 200 € au lieu de la prothèse semi-fixe initialement prévue. Cette gestion des compromis financiers est l'une des dimensions les plus difficiles du métier — particulièrement frustrante quand on sait que la solution dégradée n'apportera pas le même confort fonctionnel.

Le patient phobique qui finit par s'asseoir

Un homme de 45 ans franchit pour la première fois la porte d'un cabinet dentaire depuis 18 ans. Il a une carie évidente sur une molaire. Il transpire, tremble, manque de partir trois fois pendant les explications. Le dentiste prend le temps : 20 minutes de discussion, pas d'auscultation au premier rendez-vous, juste écouter. Au deuxième rendez-vous : auscultation, radio, plan de soins. Au troisième : premier soin, sous protoxyde d'azote pour atténuer l'anxiété. Six mois plus tard, le patient revient pour son détartrage de routine — il a retrouvé une relation normale aux soins dentaires. Cette dimension psycho-relationnelle est souvent invisible dans les présentations du métier mais représente une part importante du quotidien.

Conseils pour les candidats à l'odontologie

Au-delà de la maîtrise des cours, la réussite en PASS / LAS / LAcS pour viser l'odontologie demande une stratégie spécifique. Voici les conseils que nous donnons à nos étudiants.

Travailler particulièrement l'anatomie crânio-faciale

L'odontologie demande une connaissance fine de l'anatomie de la tête et du cou (nerf trijumeau et ses branches, vascularisation maxillo-faciale, dents par hémi-arcade). Cette UE compte pour 12 à 18 % de la note finale dans la plupart des facultés. Investir massivement sur cette UE peut faire la différence sur 30 à 50 places au classement.

Soigner la dextérité manuelle dès la PASS

Bien que la dextérité ne soit pas évaluée à l'examen classant, les écoles d'odontologie privilégient parfois (hors écrit pur) les profils qui démontrent une habileté manuelle. Faire de la peinture, du dessin technique, du bricolage de précision, de la couture, de la musique instrumentale (piano, violon) sont des activités qui développent la coordination main-œil utile en odontologie.

Se renseigner sur les UE de spécialité

Certaines facultés proposent en PASS une UE de spécialité odontologie qui pèse fortement dans la sélection vers cette filière. Renseignez-vous dès la rentrée auprès de votre coordinateur pédagogique pour ne pas la rater.

Faire 2-3 jours d'observation en cabinet dentaire

C'est notre conseil le plus précieux. Beaucoup d'étudiants découvrent en 2ᵉ année que la dentisterie ne leur convient pas (rapport au sang, posture, anxiété des patients). Faire 2-3 jours en immersion chez un dentiste libéral pendant la 1ʳᵉ année peut éviter une réorientation tardive coûteuse.

Anticiper la dimension entrepreneuriale

Le dentiste sera, dans 80 % des cas, un chef d'entreprise. Si la gestion (compta, paperasse, RH, marketing) vous rebute totalement, l'odontologie hospitalière (PH dentaire) ou la spécialisation orthodontique en cabinet de groupe sont des alternatives à envisager.

Êtes-vous fait·e pour devenir chirurgien-dentiste ?

Avant de vous engager dans 6 années d'études exigeantes, vérifiez votre profil.

Avantages et inconvénients

Avantages
  • Excellente rémunération en libéral (7 500 à 25 000 €/mois)
  • Demande très forte, déserts dentaires en augmentation
  • Études plus courtes que la médecine (6 ans vs 9-11)
  • Métier technique et créatif
  • Liberté d'installation et d'organisation
  • Pas de gardes ni d'astreintes
  • Reconnaissance sociale forte
Inconvénients
  • Sélection PASS extrêmement difficile (~5 %)
  • Investissement initial massif (200 000 à 500 000 €)
  • Métier très physique : mal de dos, troubles musculo-squelettiques
  • Posture statique en flexion, contraintes visuelles
  • Patientèle souvent anxieuse, gestion du stress
  • Charges libérales très élevées (60 % du CA)
  • Réputation sociale moyenne (« le dentiste fait peur »)

Questions fréquentes

Combien d'années d'études pour devenir chirurgien-dentiste ?

6 ans : 1 an de PASS ou LAS, 5 ans en faculté d'odontologie. Avec une spécialisation (orthodontie, chirurgie orale, médecine bucco-dentaire), comptez 9 ans.

Quel est le salaire d'un dentiste ?

2 400 €/mois net en hôpital débutant, 7 500 €/mois en libéral après 5 ans, jusqu'à 12 000 €/mois après 15 ans. Les orthodontistes peuvent atteindre 15 000 à 25 000 €/mois.

Combien d'UFR d'odontologie en France ?

16 facultés : Bordeaux, Brest, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Paris (Cité, Sorbonne), Reims, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

Quel niveau de sélection en odontologie ?

Très sélectif : environ 5 % des étudiants en PASS y accèdent. Le rang nécessaire correspond généralement aux 5-8 % les mieux classés de la promotion.

Faut-il être manuel pour faire ce métier ?

Oui. La dextérité manuelle est essentielle. Les actes opératoires se font dans des espaces de quelques millimètres carrés, sous loupes. Une bonne vue, une main stable et un sens spatial développé sont des prérequis.

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