Devenir infirmier(ère) : études, salaire et débouchés
L'infirmier(ère) est le métier-pivot du système de santé français. 3 ans d'études en IFSI accessibles via Parcoursup, des débouchés massifs (l'un des métiers les plus en pénurie), une diversité d'exercice exceptionnelle (hôpital, libéral, EHPAD, scolaire, militaire) et plusieurs spécialisations possibles. Le guide complet 2026.
parcours patient.
En quoi consiste le métier d'infirmier(ère) ?
L'infirmier(ère) est un professionnel paramédical de santé qui dispense des soins, assure le suivi clinique des patients et coordonne le parcours de soins en collaboration avec l'équipe médicale. C'est le métier-pivot du système hospitalier français : sans infirmiers, pas d'hôpital qui tienne.
Le métier combine plusieurs dimensions : actes techniques (perfusions, injections, pansements, surveillance des constantes), relation patient (écoute, accompagnement, éducation thérapeutique), coordination interdisciplinaire (médecins, kinés, aides-soignants, assistantes sociales) et gestion administrative (transmissions, traçabilité, prescriptions).
Au quotidien
- Tournée de soins — perfusions, injections, pansements, prise des constantes, distribution des médicaments.
- Surveillance clinique — observation, détection des signes d'aggravation, alerte du médecin.
- Soins de confort — toilette, change, mobilisation, prévention des escarres.
- Éducation thérapeutique — explications sur les traitements, accompagnement des autosoins (diabète, ostomies).
- Gestion administrative — transmissions, dossier de soins, traçabilité, télétransmissions.
- Coordination — échanges avec médecins, équipes, familles, structures externes.
Les études : 3 ans en IFSI
Le parcours pour devenir infirmier est de 3 ans après le bac, sanctionnés par le Diplôme d'État d'infirmier (DE), équivalent licence (180 ECTS). La formation est dispensée dans 340 IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers) en France.
L'admission depuis 2019
Depuis la réforme de 2019, le concours d'entrée a été supprimé. L'admission se fait sur Parcoursup, sur dossier (notes du bac, lettre de motivation, projet professionnel) et oral éventuel. Les places sont nombreuses (~30 000/an) mais demandent un dossier solide.
Le programme (3 années universitaires)
La formation est organisée en 10 compétences professionnelles validées via 59 unités d'enseignement. Le programme combine :
- 50 % de cours théoriques — sciences fondamentales (anatomie, physiologie, pharmacologie), sciences infirmières, sciences humaines.
- 50 % de stages cliniques — en milieu hospitalier (médecine, chirurgie, urgences), en EHPAD, en psychiatrie, en libéral, en pédiatrie.
La formation se termine par la rédaction et la soutenance d'un travail de fin d'études (TFE).
Coût et financement
Frais d'inscription universitaires standards (~250 €/an + CVEC). Quelques IFSI privés sont plus chers (3 000 à 5 000 €/an). Plusieurs hôpitaux proposent des contrats d'apprentissage rémunérés (~1 000 €/mois pendant la formation contre engagement de 1 à 3 ans après diplôme).
Combien gagne un(e) infirmier(ère) ?
Le Ségur de la Santé (2020) a significativement revalorisé les salaires hospitaliers. Les revenus en libéral peuvent dépasser ceux du salariat hospitalier après quelques années.
| Profil | Salaire net mensuel | Conditions |
|---|---|---|
| Hospitalier débutant (FPH, Ségur) | 2 100 € | Échelon 1 du nouveau grade |
| Hospitalier 5 ans | 2 400 € | Avec primes |
| Hospitalier 15 ans | 2 900 € | Échelon 8 |
| Avec gardes nuit/dimanche | + 400 à 700 € | Selon volume |
| Libéral 1ʳᵉ année | 2 500 € | Patientèle en construction |
| Libéral 5 ans | 3 500 € | Plein temps |
| Libéral 10 ans | 4 000-5 000 € | Optimisation des plages |
| IADE (anesthésiste) | 3 000-4 000 € | Spécialité Bac+5 |
| IPDE (puéricultrice) | 2 600-3 500 € | Spécialité Bac+4 |
Les 5 spécialisations possibles
1. IADE — Infirmier Anesthésiste
2 ans de formation après le DE, accès sur concours. Travaille au bloc opératoire avec l'anesthésiste, en SMUR, en réanimation. La spécialité la plus prestigieuse et la mieux payée. Salaire : 3 000-4 000 €/mois.
2. IBODE — Infirmier de Bloc Opératoire
18 mois de formation. Aide opératoire, instrumentiste, gestion du bloc. Très demandée car beaucoup de blocs opératoires souffrent d'un manque d'IBODE.
3. IPDE — Infirmière Puéricultrice
1 an de formation après le DE. Travaille en pédiatrie, néonatalogie, PMI, crèche. Cadre majoritairement féminin et passionnant pour qui aime la petite enfance.
4. IPA — Infirmier en Pratique Avancée
Master 2 (2 ans après le DE). Suit des patients chroniques en autonomie, prescrit, fait des bilans. Profession récente (2018) en plein essor.
5. Cadre de santé
1 an d'IFCS après concours. Encadre une équipe d'infirmiers, gère un service. Salaire : 3 200-4 000 €/mois.
Où exercer comme infirmier(ère) ?
L'une des plus grandes diversités professionnelles du paramédical :
- Hôpital public et clinique privée (60 %) — médecine, chirurgie, urgences, réanimation, psychiatrie, oncologie.
- EHPAD et soins gériatriques (10 %) — accompagnement des personnes âgées, secteur en très forte demande.
- Libéral à domicile (15 %) — soins infirmiers en cabinet ou à domicile, autonomie totale.
- Médecine du travail (3 %) — prévention, suivi des salariés, ergonomie.
- Médecine scolaire (2 %) — infirmier(ère) en collège ou lycée, rythme scolaire.
- Armée, gendarmerie, sapeurs-pompiers (3 %) — exercice spécifique avec missions opérationnelles.
- Industrie pharmaceutique et recherche (2 %) — investigateurs cliniques, formation, support technique.
- Humanitaire (5 %) — MSF, Croix-Rouge, missions internationales.
Journée type d'un(e) infirmier(ère) en service hospitalier
Voici la journée type d'une infirmière de 31 ans en service de médecine interne au CHU de Toulouse, sur un poste de jour, gardes 12 heures.
15 minutes de transmissions avec l'équipe de nuit. État de chaque patient (24 lits dans le service), événements survenus pendant la nuit, alertes prioritaires, examens prévus dans la matinée.
Préparation et distribution des traitements de 7 h 30. Chaque comprimé vérifié, chaque injection préparée. Surveillance de la prise effective. Patients âgés, confus et diabétiques nécessitent une attention particulière.
Tour du service : prise des constantes (tension, pouls, température, saturation, glycémie), surveillance des perfusions, pansements simples, aide à la toilette pour les patients dépendants en collaboration avec les aides-soignantes.
Accompagnement du médecin lors de la visite. Exécution des nouvelles prescriptions : prise de sang, préparation d'un patient pour une endoscopie, départ d'un autre pour un scanner. Communication avec brancardiers et services techniques.
Distribution des plateaux-repas, surveillance des patients à risque de fausse-route. Pause d'une heure (le repas du midi est souvent grignoté en 20 minutes faute de calme).
Pose de cathéters, transfusions sanguines, accueil de nouveaux patients (anamnèse, mise en chambre), préparation de la sortie d'un patient (ordonnances, lettres de liaison, RDV de suivi).
Distribution des médicaments du soir, prévention des escarres pour les patients alités. Préparation des transmissions écrites et orales pour l'équipe de nuit qui prend le relais à 19 h.
Cette journée représente un service hospitalier sans crise majeure. En réalité, les imprévus rythment le quotidien : patient qui chute, urgence vitale, défaillance d'organe, conflit familial, agressivité d'un patient confus. La capacité à passer rapidement d'une tâche à l'autre tout en restant concentré est l'une des compétences-clés du métier infirmier.
La formation IFSI dans le détail : 3 ans, 4 200 heures
Le diplôme d'État d'infirmier représente 4 200 heures de formation sur 3 années universitaires, sanctionnées par 180 ECTS.
Première année : poser les bases
1 400 heures dont 700 h théoriques et 700 h de stages cliniques (généralement deux stages de 5 semaines : un en service hospitalier de médecine ou chirurgie générale, un en EHPAD). Les enseignements théoriques couvrent l'anatomie, la physiologie, la psychologie, les sciences infirmières fondamentales, l'éthique et la déontologie. La première année est souvent la plus difficile pour les bacheliers : on découvre le rythme universitaire, on apprend les soins de base, on affronte la confrontation à la souffrance et à la maladie pour la première fois.
Deuxième année : approfondissement clinique
1 400 heures avec une part croissante de stages (840 h, soit 6 stages de 4 à 6 semaines). Stages dans des spécialités variées : chirurgie, pédiatrie, psychiatrie, urgences, soins à domicile. Les enseignements théoriques se concentrent sur les pathologies (cardiologie, oncologie, neurologie), les techniques de soins avancées (perfusions, injections complexes, sondages, suivi post-opératoire), et la gestion des situations d'urgence.
Troisième année : autonomie progressive et mémoire
1 400 heures avec des stages plus longs (jusqu'à 10 semaines) et davantage d'autonomie. La 3ᵉ année permet de spécialiser progressivement ses choix : l'étudiant choisit deux stages thématiques en lien avec son projet professionnel. La formation se termine par la rédaction et la soutenance d'un travail de fin d'études (TFE) de 30 à 50 pages, basé sur une situation clinique vécue en stage.
Les réalités méconnues du métier d'infirmier(ère)
Au-delà des représentations classiques, voici quelques réalités du quotidien que peu de brochures évoquent honnêtement.
La pénurie d'effectifs est gravissime en 2026
La France manque de 60 000 infirmiers selon l'Ordre national des infirmiers (chiffres 2025). Conséquence : surcharge de travail dans tous les services, ratio patients/infirmier souvent au-dessus des recommandations européennes (1 infirmier pour 12-14 patients en médecine, contre 1 pour 8 idéalement). Cette tension permanente est l'une des principales causes de burn-out infirmier (1 infirmier sur 5 envisage de quitter le métier).
La charge émotionnelle est colossale
Un infirmier en service de médecine interne accompagne en moyenne 3 à 5 décès par mois. Les services d'oncologie, de gériatrie ou de réanimation amplifient cette charge. À cela s'ajoute la souffrance des familles, la gestion de l'agressivité (notamment aux urgences), et l'exposition aux situations dégradées (toxicomanie, précarité, psychiatrie aiguë). Cette dimension émotionnelle ne s'apprend pas en cours — elle se découvre en stage et se construit avec l'expérience.
Le travail de nuit a des effets sanitaires réels
Les infirmiers en gardes 12 heures alternées (jour/nuit) connaissent un risque accru de troubles du sommeil chronique, de prise de poids, de troubles cardiovasculaires et de cancers (classés par l'OMS comme "probablement cancérigène" pour le travail de nuit posté). Beaucoup d'infirmiers limitent leur exposition aux gardes de nuit après 40-45 ans.
Le passage en libéral demande de la maturité
Devenir infirmier libéral nécessite généralement 2 ans d'exercice salarié préalable (souvent en milieu hospitalier). Ce passage offre liberté et meilleurs revenus, mais entraîne de nouvelles contraintes : tournées matinales (5 h-9 h), kilomètres parcourus, patients âgés en perte d'autonomie, démarches administratives, charges de l'URSSAF et de la CARPIMKO. Le rapport bénéfice/inconvénients varie fortement selon les profils.
Les évolutions de carrière sont nombreuses
Le DE infirmier ouvre de très nombreuses portes : spécialisations IADE/IBODE/IPDE/IPA (qui paient mieux et offrent des rythmes plus humains), encadrement (cadre de santé après concours), enseignement en IFSI (formation des futurs infirmiers), recherche en sciences infirmières (master + doctorat), reconversion vers la médecine du travail ou la santé scolaire. Près de 30 % des infirmiers évoluent vers une spécialisation ou un autre métier dans les 10 ans suivant leur diplôme.
La satisfaction professionnelle reste élevée malgré tout
Les enquêtes successives de l'Ordre infirmier montrent que, malgré la pénurie d'effectifs et les conditions difficiles, 78 % des infirmiers se déclarent globalement satisfaits de leur métier. Les sources principales de satisfaction : le sens de l'utilité sociale, la reconnaissance des patients, la richesse de la relation soignante, la diversité des situations.
Témoignage : Aurélie, infirmière en oncologie au CHU de Toulouse
Voici le témoignage d'Aurélie, 31 ans, infirmière diplômée en 2018, en service d'oncologie médicale au CHU de Toulouse. Elle envisage actuellement de passer le concours d'IPA (Infirmière en Pratique Avancée) en oncologie pour évoluer.
« J'ai choisi infirmière en terminale S parce que ma mère est aide-soignante depuis 30 ans. Elle m'a toujours dit : "Si tu fais ce métier, vise infirmière, pas aide-soignante. C'est mieux payé et tu auras plus d'autonomie." Elle avait raison. Mes 3 ans en IFSI à Limoges ont été intenses mais formateurs. Le vrai choc, c'est l'arrivée à l'hôpital comme jeune diplômée : je me suis retrouvée à gérer 14 patients en oncologie ma 3ᵉ semaine, dont une dame en fin de vie qui me tenait la main pendant que je lui changeais sa perfusion de chimio. À 22 ans, j'ai mûri en 6 mois ce que d'autres mettent 10 ans à mûrir. Aujourd'hui à 31 ans, je gagne 2 800 €/mois net avec mes primes de week-end, je suis stable dans mon couple, j'ai acheté un appartement à Toulouse. Ma fierté ? Le sentiment d'être vraiment utile. Mon regret ? Le sous-effectif chronique qui nous empêche de prendre le temps que les patients méritent. C'est pour ça que je vise l'IPA : pour avoir plus d'autonomie, pouvoir prescrire et accompagner les patients oncologiques sur le long terme, pas juste exécuter les prescriptions du médecin. À tous les futurs candidats : faites un stage de découverte de 2-3 jours dans un hôpital public avant de vous décider. C'est très différent de ce qu'on imagine. »
Le métier d'infirmière à l'international
Le diplôme d'État d'infirmier français est l'un des mieux reconnus dans le monde. Voici les principales destinations pour s'expatrier.
Suisse : revenus exceptionnels
La Suisse paie ses infirmiers parmi les mieux du monde : 5 500 à 8 000 CHF/mois (5 800 à 8 500 €) en hôpital cantonal, plus en clinique privée. Reconnaissance directe du DE français. Cantons romands (Genève, Vaud, Neuchâtel) particulièrement demandeurs. Plusieurs milliers d'infirmiers français ("frontaliers") traversent quotidiennement la frontière depuis l'Ain, le Doubs ou la Haute-Savoie.
Belgique et Luxembourg : équivalence directe
Reconnaissance automatique du DE français. Salaires en Belgique : 2 800-4 000 €/mois selon ancienneté. Au Luxembourg : 4 500-6 500 €/mois (l'un des meilleurs ratios pouvoir d'achat / charge de travail en Europe).
Royaume-Uni : forte demande post-Brexit
Le NHS recrute massivement après le Brexit. Salaires : 27 000 à 45 000 £/an selon ancienneté (32 000 à 53 000 €/an), plus avantages logement dans certains hôpitaux ruraux. Le test IELTS niveau B2-C1 est obligatoire. Charge de travail intense (rapport patients/infirmiers plus élevé qu'en France).
Canada (Québec) : projet de vie
Reconnaissance du DE français via l'Ordre des infirmiers du Québec (équivalence partielle + examen). Salaires : 65 000 à 95 000 CAD/an (45 000 à 65 000 €). Beaucoup d'infirmiers français francophones tentent l'expatriation pour la qualité de vie, les espaces, et la valorisation professionnelle (l'infirmière y a des prérogatives plus larges qu'en France).
Émirats Arabes Unis et Australie
Émirats (Dubaï, Abu Dhabi) : revenus très élevés (4 000-7 000 €/mois nets d'impôts) mais conditions culturelles strictes. Australie : salaires 60 000-90 000 AUD/an (35 000-55 000 €), équivalence via le NMBA (Nursing and Midwifery Board of Australia), test d'anglais OET niveau B requis.
L'humanitaire
Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, Croix-Rouge, ONU : l'humanitaire est une voie minoritaire mais transformatrice. Missions de 6 mois à 2 ans dans des contextes de guerre, catastrophe ou précarité. Indemnités modestes (1 500-2 500 €/mois) mais expérience humaine et clinique exceptionnelle. Recrutement souvent après 3-5 ans d'exercice en France.
Trois autres parcours infirmiers : du libéral à la spécialisation
Karim, 36 ans — IADE en bloc opératoire à Bordeaux
« Après 5 ans en service de réanimation au CHU de Bordeaux, j'ai passé le concours d'IADE (Infirmier Anesthésiste Diplômé d'État). 2 ans de formation supplémentaires, intenses mais passionnantes. Aujourd'hui je travaille au bloc opératoire en chirurgie cardio-thoracique. Mon rôle : préparer et surveiller les anesthésies sous la responsabilité du médecin anesthésiste-réanimateur, gérer les voies veineuses centrales, surveiller les paramètres vitaux pendant les interventions de pontage ou de remplacement valvulaire. Salaire : 3 600 €/mois nets avec mes primes de bloc et de garde. C'est l'une des spécialisations infirmières les plus prestigieuses, avec des conditions de travail meilleures que dans les services classiques (pas de courses entre 24 lits, pas de toilettes à faire, focus sur la technique pure). Je conseille à tous les infirmiers qui aiment la haute technicité de viser cette spécialisation. C'est sélectif (concours national, 5-8 % d'admission) mais ça change la vie professionnelle. »
Sandra, 41 ans — infirmière libérale à domicile dans le Vaucluse
« J'ai exercé 12 ans en hôpital (médecine interne, oncologie, soins palliatifs) avant de passer en libéral en 2018. Je travaille en cabinet de groupe avec 2 collègues, on couvre une zone semi-rurale autour de Carpentras. Mes journées commencent à 5 h 30 du matin (premières tournées à 6 h chez les patients diabétiques pour les injections d'insuline avant petit-déjeuner) et se terminent vers 19 h. Je vois en moyenne 25 patients par jour, en alternant tournées matinales et soins au cabinet l'après-midi. Salaire : 4 200 €/mois nets en moyenne, avec des pics à 5 500 € les mois chargés. La liberté du libéral est un vrai bonheur après 12 ans d'hôpital sous-effectif. Mais attention : il faut accepter le travail de week-end (1 sur 3 minimum), la voiture qui sert aussi de bureau, et la solitude relative entre les visites. C'est un métier très différent du salariat hospitalier — il faut bien se connaître avant de basculer. »
Thomas, 28 ans — infirmier au Samu social de Paris
« J'ai été diplômé en 2022 de l'IFSI Pitié-Salpêtrière. J'ai voulu commencer ma carrière dans une voie atypique : le Samu social de Paris, qui s'occupe des personnes sans-abri. Je travaille en équipe mobile : on parcourt la ville la nuit, on rencontre des personnes en grande précarité dans la rue, on évalue leur état médical, on les oriente vers des hébergements ou des soins. Salaire : 2 100 €/mois (équivalent fonction publique territoriale) avec primes de nuit. Conditions difficiles, mais sens du métier exceptionnel. Je vois la souffrance sociale brute, je rencontre des migrants, des toxicomanes, des sortants de prison, des personnes en détresse psychiatrique. À 28 ans, je sais que je ferai ce métier toute ma vie, sous une forme ou une autre. Mon message aux étudiants : il existe énormément d'autres carrières que l'hôpital classique. La diplomatie d'État infirmier est une des plus polyvalentes au monde. »
Trois moments qui racontent le métier infirmier
La nuit où tout bascule
3 h du matin, service de cardiologie. L'infirmière est seule à veiller sur 16 patients. Soudain, l'alarme du moniteur d'un patient en post-infarctus se déclenche : tachycardie ventriculaire à 220/min, début de fibrillation. L'infirmière doit en 30 secondes : appeler le médecin de garde, préparer le défibrillateur, pratiquer le massage cardiaque, sécuriser la voie veineuse, préparer l'amiodarone. Pendant ces 4 minutes critiques, c'est elle qui maintient ce patient en vie. Quand le médecin arrive, le patient est stabilisé. Personne ne saura jamais qu'elle a sauvé une vie ce soir-là — pas de remerciement officiel, pas de prime, juste la satisfaction silencieuse du devoir accompli.
L'annonce difficile
En service d'oncologie, l'infirmière accompagne le médecin pour annoncer à une patiente de 42 ans que sa chimio n'a pas fonctionné. La patiente craque, pleure, demande "combien de temps il me reste ?". Le médecin reste 10 minutes, puis part vers le patient suivant. L'infirmière reste 1 h 15 avec la patiente : elle l'écoute, lui tend des mouchoirs, l'aide à appeler son mari. Elle dépasse complètement son temps de pause, son tour des médicaments est en retard, elle finira son service avec 45 minutes de plus que prévu — non rémunérées. Mais c'est cela, le vrai métier d'infirmier : être là quand les patients en ont le plus besoin.
Le retour à domicile qui sauve une vie
En soins infirmiers à domicile, une infirmière libérale fait sa visite quotidienne chez un patient diabétique de 78 ans. Elle remarque qu'il a une plaie au pied qu'il avait minimisée la veille. À l'examen, c'est un mal perforant plantaire en cours d'infection avec début de cellulite. Sans intervention rapide, ce sera l'amputation dans 15 jours. L'infirmière appelle immédiatement le médecin traitant, organise l'hospitalisation, accompagne le patient à l'hôpital. Trois semaines plus tard, le patient sort avec son pied sauvé. C'est ce que les médecins appellent "l'œil clinique infirmier" : cette capacité à repérer ce qui ne va pas, parfois mieux que les médecins eux-mêmes parce qu'on voit les patients tous les jours.
Conseils pour les futurs candidats infirmiers
Soigner son dossier Parcoursup
Depuis 2019, l'admission en IFSI se fait sur Parcoursup, sur dossier (notes du bac, lettre de motivation, projet professionnel) et entretien éventuel. Notes-clés : français, philosophie, biologie, mathématiques, langue vivante. La lettre de motivation doit montrer une réelle compréhension du métier (pas juste "j'aime aider les gens"). Faire référence à un stage de découverte ou un emploi dans le soin (aide-soignante, auxiliaire de vie) renforce le dossier.
Faire un stage de découverte avant Parcoursup
Le métier est très exigeant physiquement et émotionnellement. Beaucoup d'étudiants découvrent en 2ᵉ année qu'il ne leur convient pas (rapport au sang, à la souffrance, aux gardes de nuit). Un stage de 2-3 jours en hôpital public, en EHPAD ou en libéral pendant la terminale est précieux pour confirmer son orientation.
Privilégier les IFSI hospitaliers à l'apprentissage
Plusieurs grands hôpitaux (CHU de Lille, AP-HP Paris, HCL Lyon) proposent des contrats d'apprentissage pour les étudiants infirmiers : rémunération de 800-1 200 €/mois pendant les 3 ans de formation en échange d'un engagement à servir 1 à 3 ans après le diplôme. C'est un excellent compromis pour financer ses études tout en sécurisant un premier poste.
Considérer une PASS comme tremplin
Quelques étudiants utilisent une PASS comme tremplin vers l'infirmerie : en cas d'échec à passer en 2ᵉ année MMOPK, l'année de PASS donne un solide socle scientifique (anatomie, physiologie, biochimie) très valorisable pour le concours d'IFSI ou pour la formation elle-même. Cette stratégie représente quelques pourcents des admissions en IFSI mais reste une option intéressante.
Anticiper la 1ʳᵉ année difficile
La 1ʳᵉ année en IFSI est souvent la plus difficile. On découvre le rythme universitaire, on apprend les soins de base, on affronte la confrontation à la souffrance et à la maladie pour la première fois. 20 % des étudiants abandonnent en 1ʳᵉ année. Il faut s'y préparer mentalement : avoir une bonne hygiène de vie, un soutien familial fort, et savoir demander de l'aide aux référents pédagogiques en cas de difficulté.
Êtes-vous fait·e pour devenir infirmier(ère) ?
Avantages et inconvénients
- Études courtes (3 ans seulement)
- Pas de concours d'entrée depuis 2019
- Demande gigantesque, zéro chômage
- Diversité d'exercice exceptionnelle
- Spécialisations possibles (IADE, IBODE, IPDE, IPA)
- Bons revenus en libéral (3 500-5 000 €/mois)
- Métier humain et profondément utile
- Possibilité d'évolution vers cadre de santé
- Métier physiquement exigeant (port de patients, station debout)
- Charge émotionnelle lourde (deuils, urgences, psychiatrie)
- Gardes de nuit, week-ends, jours fériés
- Salaire de base modéré en hôpital (2 100 €/mois)
- Sous-effectif chronique en hôpital, surcharge
- Burn-out fréquent (1 infirmier sur 4)
- Reconnaissance financière en deçà des responsabilités
Questions fréquentes
Combien d'années d'études pour devenir infirmier(ère) ?
3 ans en IFSI après le bac. Diplôme d'État d'infirmier (DE), équivalent licence (180 ECTS). Avec une spécialisation (IADE, IBODE), comptez 4-5 ans.
Quel est le salaire d'un(e) infirmier(ère) ?
2 100 €/mois net en hôpital débutant (avec Ségur), 2 900 €/mois après 15 ans. En libéral : 2 500 €/mois en début, 3 500-5 000 €/mois après 5-10 ans. Spécialisation IADE : 3 000-4 000 €/mois.
Y a-t-il toujours un concours pour entrer en IFSI ?
Non, depuis 2019 l'admission se fait sur Parcoursup, sur dossier et entretien éventuel. Le concours écrit a été supprimé.
Combien d'IFSI en France ?
340 instituts publics et privés, présents dans toutes les régions. Une trentaine offrent des formations en apprentissage (rémunérée).
Faut-il faire une PASS pour devenir infirmier(ère) ?
Non, ce n'est pas du tout nécessaire. L'accès à l'IFSI se fait directement après le bac. Cependant, certains étudiants en échec de PASS basculent vers l'IFSI : leur année de PASS leur donne un excellent socle scientifique.