Métier paramédical · Bac+5

Devenir orthophoniste : études, salaire et débouchés

L'orthophoniste rééduque les troubles du langage, de la parole, de la voix et de la déglutition. Un métier de soin profondément humain, aux débouchés florissants, qui se prépare en 5 ans après le bac via un concours très sélectif. Voici tout ce qu'il faut savoir avant de s'engager — et un quiz pour savoir si ce métier est fait pour vous.

Faire le quiz d'orientation Voir les études en détail
Métier de soin
Rééduquer la parole,
le langage, la voix.
Études
5 ans
Certificat de capacité d'orthophoniste (CCO) — bac+5
Salaire net (médian)
2 400 €
par mois après 2 ans en libéral
Concours
~5 %
de réussite — concours très sélectif
Centres de formation
17
universités habilitées en France
Profession en France
28 000
orthophonistes en exercice (2026)
Demande
+4 %/an
métier en très forte tension

En quoi consiste le métier d'orthophoniste ?

L'orthophoniste est un professionnel paramédical de santé qui prend en charge les troubles de la communication, du langage oral et écrit, de la parole, de la voix et de la déglutition. Il intervient sur prescription médicale, après un bilan diagnostique qu'il établit lui-même, et qui détermine le plan de rééducation : durée, fréquence, objectifs et évaluation des progrès.

Le champ d'intervention de l'orthophoniste est exceptionnellement large. Il accompagne les patients de la naissance à la fin de vie, sur des pathologies aussi variées qu'un retard de langage chez un enfant de 4 ans, une dyslexie diagnostiquée à l'école élémentaire, une aphasie consécutive à un AVC chez un adulte, une dysphonie chez une enseignante usée par sa voix, ou des troubles de la déglutition chez une personne âgée atteinte de Parkinson.

Cette diversité fait à la fois la richesse et la difficulté du métier : un orthophoniste doit maîtriser des connaissances en linguistique, neurosciences, psychologie cognitive et clinique, anatomie et physiologie ORL, ainsi que les techniques rééducatives propres à chaque pathologie. Il s'appuie sur des outils standardisés (tests psychométriques, batteries de bilans), mais aussi sur sa créativité pour adapter chaque séance à la personne qu'il a en face de lui.

Trois grandes familles de patients

On peut schématiquement distinguer trois grands publics que l'orthophoniste reçoit dans son cabinet ou sur son lieu d'exercice :

  • L'enfant et l'adolescent — retards de langage, troubles articulatoires (« lalations »), bégaiement, dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, troubles du spectre autistique, surdité de l'enfant, retards intellectuels associés à des troubles du langage. Cette population représente environ 65 % de l'activité d'un orthophoniste libéral en France.
  • L'adulte — aphasie post-AVC ou post-traumatisme crânien, dysphonies fonctionnelles ou organiques (nodules, cancers ORL), bégaiement persistant, troubles cognitifs liés à des pathologies neurologiques (sclérose en plaques, Parkinson). Cette population croît avec l'amélioration de la prise en charge des AVC.
  • La personne âgée — maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, démences fronto-temporales), troubles de la déglutition (dysphagies), conséquences de cancers ORL traités. Cette population va devenir majoritaire dans les vingt prochaines années compte tenu du vieillissement de la population française.
À ne pas confondre avec un orthopédagogue ou un logopède
L'orthophoniste est un professionnel de santé reconnu, exerçant sur prescription, dont les actes sont remboursés par la Sécurité sociale. L'orthopédagogue ou le logopède (terme belge) ont des cadres juridiques et des prises en charge différentes.

Le cadre juridique : un professionnel de santé à part entière

L'orthophonie est inscrite dans la 4ᵉ partie du Code de la santé publique. L'orthophoniste prête un serment lors de l'obtention de son CCO et est inscrit à l'Ordre national professionnel — bien qu'il n'existe pas, à ce jour, d'Ordre des orthophonistes au sens strict. Il est tenu au secret professionnel, à la formation continue (DPC) et à des règles déontologiques strictes (interdiction de publicité, encadrement des honoraires, devoir de discrétion).

L'orthophoniste exerce en autonomie professionnelle : il établit son propre diagnostic après un bilan, choisit le protocole de rééducation, en évalue les résultats. Il rend compte au médecin prescripteur via un compte-rendu de bilan initial et de fin de prise en charge. C'est l'un des rares métiers paramédicaux disposant d'une telle autonomie clinique.

Journée type d'un orthophoniste libéral

Pour comprendre concrètement à quoi ressemble le métier, voici la journée d'une orthophoniste de 32 ans, exerçant en libéral à Lyon depuis 6 ans, en cabinet de groupe avec deux confrères :

8 h
Préparation des séances

Arrivée au cabinet 30 minutes avant la première séance. Lecture des bilans, préparation des supports : imagiers, livres adaptés, exercices de respiration, fiches de rééducation phonologique. Consultation des notes prises lors des séances précédentes.

9 h
Bilan dyslexie — enfant de 8 ans

Première rencontre. Anamnèse avec les parents (45 min), tests standardisés avec l'enfant (BALE, ODEDYS), évaluation de la conscience phonologique et de la lecture. Le bilan dure 1 h 30 et donnera lieu à un compte-rendu détaillé envoyé au médecin scolaire.

11 h
Séance de rééducation aphasie — adulte

Patient de 58 ans, 4 mois après un AVC sylvien gauche. Travail sur la dénomination d'images, exercices de fluence sémantique, lecture à voix haute de phrases simples. Encouragements constants, gestion de la frustration. 30 minutes intenses.

12 h
Pause déjeuner & administratif

Une heure libre. Déjeuner rapide, réponse aux mails et messages, mise à jour des dossiers patients sur le logiciel métier. Téléphone à un médecin pour discuter d'un cas complexe. Préparation des séances de l'après-midi.

14 h
Séance bégaiement — adolescent de 14 ans

Méthode Camperdown : entraînement à la « parole prolongée ». Lecture, conversation, jeu de rôle. Travail sur le rapport au regard de l'autre, sur la confiance en soi. Le bégaiement n'est pas qu'une question de fluence : c'est aussi de la psychologie.

15 h
Trois séances enfants à la suite

Trois enfants de 4 à 7 ans, pour des troubles articulatoires, un retard de parole et un trouble de la lecture débutant. Séances ludiques de 30 min : jeux de société adaptés, supports image, chansons. C'est la part d'activité « énergivore » : il faut tenir l'attention, garder l'enthousiasme.

17 h
Bilan de déglutition — personne âgée

Patiente de 79 ans, présentant des fausses-routes alimentaires depuis 3 mois. Bilan structuré (anamnèse, examen oro-facial, essais alimentaires de différentes textures). Conseils à la famille, prescription d'eau gélifiée, retour au médecin traitant.

18 h 30
Comptes-rendus & administration

Rédaction du compte-rendu de bilan dyslexie (1 h), envoi à l'AMELI, classement, prise de RDV par téléphone. Fin de journée vers 19 h 30. Au total : 7 patients vus, 2 bilans rédigés, 9 h 30 de travail.

Cette journée est représentative d'un orthophoniste en exercice mature, à plein temps en libéral. Une orthophoniste hospitalière aura un rythme différent : moins de patients (souvent 5 à 6 par jour), des temps de réunion pluridisciplinaire plus longs, des prises en charge plus lourdes (rééducation post-trachéotomie, suivi en unité neuro-vasculaire), et une charge administrative moindre.

Les études d'orthophonie : 5 ans après le bac

Pour devenir orthophoniste, il faut obtenir le Certificat de capacité d'orthophoniste (CCO), diplôme d'État équivalent à un bac+5 (master). La formation est dispensée dans 17 centres universitaires en France, généralement rattachés aux UFR de médecine.

Le concours d'entrée : très sélectif

Depuis 2020, l'admission se fait via Parcoursup, sur examen d'un dossier scolaire et d'un entretien oral pour les candidats présélectionnés. Auparavant, elle se faisait sur concours écrit + oral, avec un taux de réussite d'environ 5 %. La sélection actuelle reste très exigeante : pour environ 900 places nationales chaque année, on compte plus de 18 000 candidats, soit un taux d'admission inférieur à 5 %.

Les épreuves évaluent :

  • La maîtrise du français : orthographe, conjugaison, grammaire, vocabulaire — niveau exigeant, niveau professeur des écoles.
  • Le raisonnement logique et numérique : enchaînements logiques, déductions, exercices proches de tests psychométriques.
  • La culture générale : actualité, sciences humaines, connaissance des grands auteurs et concepts en sciences de l'éducation et en psychologie.
  • Les sciences de la santé : anatomie ORL, neurologie, psychologie du développement, notions de linguistique.
  • L'oral d'admissibilité : entretien de motivation, mise en situation, parfois lecture à voix haute pour évaluer la qualité de la diction.

5 années de formation, structurées en deux cycles

La formation est organisée selon le modèle LMD européen, avec un total de 300 ECTS. On distingue deux grands cycles :

Le premier cycle (années 1 à 3) — 180 ECTS est consacré à l'acquisition des bases théoriques. On y étudie l'anatomie et la physiologie de l'audition, de la phonation, de la déglutition. La neuro-anatomie occupe une place importante. La linguistique (phonologie, syntaxe, sémantique) est étudiée à un niveau quasi équivalent à celui d'une licence universitaire en sciences du langage. La psychologie du développement et la psychologie cognitive complètent le socle. Les premiers stages d'observation interviennent dès la 2ᵉ année.

Le second cycle (années 4 et 5) — 120 ECTS est centré sur la pratique clinique. Les stages occupent jusqu'à 50 % du temps : cabinets libéraux, services hospitaliers (neurologie, ORL, pédiatrie, gériatrie), centres médico-psychologiques (CMP), services d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), centres d'action médico-sociale précoce (CAMSP). En 5ᵉ année, l'étudiant rédige et soutient un mémoire de recherche qui peut donner lieu à publication.

Coût de la formation et financement

Les frais d'inscription sont ceux du droit universitaire commun : environ 250 € par an pour le premier cycle, 350 € pour le second cycle, plus la CVEC (contribution de vie étudiante). Le coût total des études est donc d'environ 1 500 € sur les 5 années — bien moins que pour des études en école privée.

Plusieurs dispositifs de soutien existent : bourses CROUS sur critères sociaux, aides régionales pour les déplacements vers les lieux de stage, allocations spécifiques pour les étudiants en situation de handicap. Certaines régions s'engagent à verser une indemnité d'études (entre 10 000 € et 15 000 € sur les 5 ans) en échange d'un engagement à exercer dans la région après le diplôme : c'est le cas en Bretagne, en Centre-Val de Loire ou en Auvergne-Rhône-Alpes.

Et la formation continue ?
Une fois diplômé, l'orthophoniste est tenu à un Développement Professionnel Continu (DPC) : 9 h/an minimum, avec des thématiques imposées et des thématiques libres. La majorité des orthophonistes investissent largement plus, parce que les approches évoluent vite (notamment en neurodéveloppement et autisme).

Combien gagne un orthophoniste ?

La rémunération dépend fortement du mode d'exercice (libéral, hospitalier, mixte), de l'ancienneté, de la localisation (zones sous-dotées) et du volume horaire. Voici un panorama synthétique des revenus nets mensuels en 2026.

ProfilSalaire net mensuelConditions
Hospitalier débutant (FPH grille 1A)1 800 €Temps plein, hôpital public, échelon 1
Hospitalier 5 ans2 100 €Temps plein, échelon 4
Hospitalier 15 ans2 600 €Avec indemnités, échelon 7
Libéral 1ʳᵉ année (installation)1 600 €Patientèle en construction, charges importantes
Libéral 2 à 5 ans2 400 €Patientèle stable, plein temps
Libéral 10 ans3 000 à 3 800 €Patientèle pleine, optimisation des plages
Libéral en zone sous-dotéejusqu'à 4 500 €Aides à l'installation, files d'attente saturées
Mixte (libéral + hôpital)2 800 € en moyenneSouvent 4 jours libéral + 1 jour salarié

Le détail du libéral : tarifs et charges

En libéral, les actes d'orthophonie sont cotés selon une nomenclature dédiée : un bilan vaut entre 50 et 280 € selon sa complexité, une séance de rééducation entre 25 et 30 € (cotation conventionnée AMO 2,5). Un orthophoniste à plein temps réalise en moyenne 30 à 35 séances par semaine, soit un chiffre d'affaires brut autour de 5 000 € mensuels. Les charges (loyer du cabinet, URSSAF, CARPIMKO, mutuelle, comptable, fournitures) absorbent 35 à 45 % du chiffre d'affaires, ce qui ramène le revenu net à 2 800 à 3 200 €.

Les zones sous-dotées (notamment les zones rurales, les Outre-mer, certaines banlieues populaires) bénéficient d'un dispositif d'aide à l'installation conventionnel : prime de 35 000 € sur 3 ans, plus une majoration de 30 % des tarifs de bilans pendant 3 ans. Avec ces dispositifs, certains orthophonistes en zone sous-dotée atteignent des revenus mensuels de 4 000 à 4 500 € net, ce qui place le métier dans le haut du tableau des professions paramédicales.

Hospitalier : la stabilité contre la rémunération

L'orthophoniste de la Fonction publique hospitalière est rattaché à la grille des « personnels de rééducation et médico-techniques » de la FPH. La progression est lente mais sécurisée : on passe de 1 800 € net en début de carrière à 2 600 € en fin de grille, après une trentaine d'années. Les avantages sont la sécurité de l'emploi, les RTT, la mutuelle d'entreprise, l'absence de gestion administrative. Beaucoup d'orthophonistes choisissent ce mode pour les premières années, puis basculent en libéral après 3 à 5 ans pour augmenter leurs revenus.

Où exerce un orthophoniste ? Les 7 lieux possibles

Le métier offre une diversité de cadres d'exercice rare dans le paramédical. Voici les 7 environnements professionnels les plus fréquents en France, avec leurs spécificités, leurs publics cibles et leurs avantages.

1. Le cabinet libéral

C'est le mode d'exercice très majoritaire : 80 % des orthophonistes français exercent en libéral, seuls ou en cabinet de groupe. Le cabinet libéral offre une souplesse maximale dans l'organisation du travail (choix des plages, des publics, des locaux). Il implique en contrepartie une gestion administrative non négligeable : URSSAF, CARPIMKO, comptabilité, mutuelle professionnelle, assurance responsabilité civile, gestion des rendez-vous. Beaucoup d'orthophonistes débutants choisissent une collaboration dans un cabinet existant pendant 1 à 3 ans avant de s'installer à leur compte. Cette formule permet de constituer une patientèle progressivement, sans le poids financier de l'installation.

2. L'hôpital public

L'orthophoniste hospitalier travaille principalement dans les services de neurologie (rééducation post-AVC, post-traumatisme crânien, sclérose en plaques, Parkinson), d'ORL (rééducation post-chirurgie laryngée, troubles de la voix, dysphagies), de pédiatrie (troubles du développement, surdité de l'enfant) et de gériatrie (maladies neurodégénératives). Le cadre hospitalier offre la sécurité de l'emploi, des équipes pluridisciplinaires riches (médecins, kinésithérapeutes, psychologues, ergothérapeutes), un accès à du matériel spécialisé coûteux, et la possibilité de participer à de la recherche clinique active.

3. Le centre médico-psychologique (CMP) et le CMPP

Les Centres médico-psychologiques (CMP) et les Centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) sont des structures publiques qui accueillent enfants et adolescents pour des bilans et des prises en charge gratuites. L'orthophoniste y travaille en équipe avec des psychologues, des psychiatres et des éducateurs spécialisés. Les troubles pris en charge sont souvent complexes : troubles du langage associés à des troubles du comportement, troubles instrumentaux, dysphasies sévères. C'est un cadre exigeant mais formateur, particulièrement pour les jeunes diplômés.

4. Le CAMSP — Centre d'action médico-sociale précoce

Le CAMSP accueille les enfants de 0 à 6 ans présentant ou risquant de présenter un retard psychomoteur, un trouble sensoriel ou des difficultés relationnelles précoces. L'orthophoniste y intervient très tôt sur des troubles du langage débutants, des troubles de la communication, ou en accompagnement de pathologies plus lourdes (trisomie 21, paralysie cérébrale, troubles du spectre autistique). Ce travail demande une expertise pointue sur le développement de l'enfant et une grande capacité de collaboration avec les parents.

5. Le SESSAD et les établissements pour enfants en situation de handicap

Les Services d'Éducation Spéciale et de Soins à Domicile (SESSAD) et les Instituts médico-éducatifs (IME) accompagnent des enfants et adolescents en situation de handicap. L'orthophoniste y travaille sur la communication alternative et améliorée (CAA), les troubles du langage associés à un handicap mental, les troubles du spectre autistique. Ce sont des postes très spécialisés, souvent rares, qui demandent des formations complémentaires en CAA, TEACCH ou méthode PECS.

6. L'EHPAD et les unités gériatriques

Avec le vieillissement de la population, les besoins en orthophonie en EHPAD explosent : prévention et prise en charge des troubles de la déglutition (premier facteur de pneumopathies d'inhalation chez les personnes âgées), accompagnement des troubles cognitifs liés à Alzheimer ou à la démence à corps de Lewy, maintien des compétences communicationnelles. C'est un secteur en sous-effectif dramatique en France, ce qui en fait un débouché professionnel solide pour les jeunes diplômés qui s'y intéressent.

7. L'école et les structures éducatives

Bien que rare en France (contrairement au Québec où l'orthophoniste scolaire est très répandu), il existe une dimension de prévention en milieu scolaire : interventions en classe pour des dépistages de troubles du langage, sensibilisation des enseignants à la dyslexie, formation des AESH. Certains orthophonistes libéraux dédient une demi-journée par semaine à des interventions en école maternelle ou élémentaire dans le cadre de réseaux de santé locaux.

L'exercice mixte : le meilleur des deux mondes
Beaucoup d'orthophonistes expérimentés choisissent un exercice mixte : 3 à 4 jours en libéral + 1 à 2 jours en hôpital ou en CAMSP. Cette formule combine la sécurité d'un revenu salarié, la richesse du travail en équipe pluridisciplinaire et l'autonomie/rentabilité du libéral. C'est, pour beaucoup, l'organisation idéale en milieu de carrière.

Spécialisations possibles

Après quelques années d'exercice, beaucoup d'orthophonistes se spécialisent dans un domaine particulier, soit par formation continue, soit par accumulation d'expérience clinique. Voici les principales spécialisations :

Surdité et implant cochléaire

L'orthophoniste spécialisé en surdité accompagne enfants et adultes appareillés ou implantés cochléaires. La rééducation passe par l'éducation auditive, la lecture labiale, le travail de la voix et de l'articulation. Cette spécialisation requiert souvent une formation universitaire complémentaire (DU Surdité) et un partenariat étroit avec un ORL et un audioprothésiste.

Troubles du spectre autistique (TSA)

Spécialisation en plein essor. L'orthophoniste utilise des approches structurées (TEACCH, PECS, Communication Alternative et Améliorée) pour développer la communication chez des enfants peu ou non verbaux. Cette spécialisation réclame patience, créativité et formation pointue.

Aphasie et neurologie adulte

Orientation hospitalière dominante. Travail en équipe pluridisciplinaire (médecin neurologue, kinésithérapeute, psychologue) sur des patients post-AVC, post-traumatisme crânien, atteints de SLA, de Parkinson, de sclérose en plaques. Approches basées sur la psycho-linguistique et les sciences cognitives.

Cancers ORL et déglutition

Prise en charge des patients après une chirurgie ORL : laryngectomies, glossectomies, traitements radio-chimiothérapiques. Travail sur la voix œsophagienne, la voix trachéo-œsophagienne avec implant phonatoire, la déglutition adaptée.

Bégaiement et bredouillement

Spécialisation pointue. Méthodes Camperdown, Lidcombe, Van Riper. Une dimension psychologique forte est nécessaire : le bégaiement est une pathologie où l'on travaille autant sur la fluence que sur la confiance en soi et la gestion des émotions.

Êtes-vous fait·e pour devenir orthophoniste ?

Avant d'engager 5 ans d'études, vérifiez si votre profil correspond. Notre quiz d'orientation en 8 questions vous donne une indication objective basée sur les compétences et appétences clés du métier.

Évolution de carrière

Les évolutions sont nombreuses, même si on reste dans la profession. La majorité des orthophonistes (80 %) exercent en libéral toute leur carrière, mais peuvent diversifier leur activité au fil des années.

L'enseignement et la formation

De nombreux orthophonistes mature donnent des cours dans les centres de formation universitaires. Ce sont souvent des praticiens expérimentés qui consacrent une demi-journée par semaine à l'enseignement. Cette activité est rémunérée à hauteur de 50 à 80 € de l'heure, et elle permet de transmettre, de rester en contact avec la recherche et de structurer sa propre pratique.

La recherche

Avec un master spécialisé puis un doctorat (souvent en sciences cognitives ou en sciences du langage), il est possible de basculer vers la recherche. C'est une voie minoritaire mais passionnante, qui permet de contribuer à l'évolution des protocoles de rééducation. Les unités de recherche les plus actives en orthophonie sont à Lyon, Aix-Marseille, Bordeaux et Paris.

L'entrepreneuriat

Certains orthophonistes créent des cabinets de groupe avec plusieurs collègues, voire des centres de soins pluridisciplinaires associant orthophonistes, psychomotriciens, neuropsychologues. Cette voie demande un goût pour la gestion et l'investissement matériel (300 000 à 500 000 € pour un cabinet de groupe en zone urbaine), mais elle peut être très rémunératrice.

La supervision et la direction d'équipe

Dans la fonction publique hospitalière, l'orthophoniste peut accéder à des fonctions de cadre de santé après un concours et une année d'études supplémentaires (formation à l'IFCS — Institut de formation des cadres de santé). Le cadre encadre alors une équipe de rééducateurs (orthophonistes, kinés, ergothérapeutes) au sein d'un service hospitalier.

Avantages et inconvénients du métier

Comme tout métier, l'orthophonie a ses lumières et ses ombres. Voici ce que disent les praticiens en exercice :

Avantages
  • Métier de soin profondément humain, relations longues et significatives avec les patients
  • Très forte autonomie professionnelle : on est son propre maître clinicien
  • Liberté d'organisation totale en libéral : choix des plages horaires, des publics, des locaux
  • Diversité des publics et des pathologies : on ne s'ennuie jamais
  • Demande très supérieure à l'offre : pas de risque de chômage, installation facilitée
  • Revenus solides en libéral après quelques années (3 000 à 4 500 € net)
  • Pas de gardes, pas de week-ends, pas d'astreintes
  • Métier compatible avec une vie de famille (temps partiel facile à organiser)
Inconvénients
  • Concours d'entrée extrêmement sélectif (5 % de réussite)
  • 5 années d'études exigeantes, dont beaucoup d'anatomie et de neurosciences
  • Charge administrative non négligeable en libéral (URSSAF, comptabilité, assurances)
  • Solitude professionnelle quand on exerce seul·e
  • Frustration possible face à des progrès lents (mois, années) chez certains patients
  • Rythme intense en libéral : 30 à 35 patients par semaine, beaucoup de répétition
  • Investissement psychologique lourd : on s'attache aux patients, surtout aux enfants
  • Salaire d'entrée modéré à l'hôpital (1 800 € net) au regard du niveau d'études
Notre conseil avant de vous lancer
Prenez 1 ou 2 jours de stage d'observation chez un orthophoniste. La plupart acceptent volontiers les lycéens motivés. C'est la meilleure manière de confirmer votre intuition — ou de la nuancer.

Témoignage : Camille, orthophoniste libérale à Lyon

CD

J'ai mis trois ans à intégrer l'école d'orthophonie. Trois ans de prépa, dont une PASS qui m'a sauvée pour les bases scientifiques. Aujourd'hui, j'ai 32 ans, j'exerce en libéral à Lyon depuis 6 ans, et je n'échangerais ma place avec personne. J'aime ce métier parce qu'il est vrai : chaque patient est un cas unique, chaque progrès est un cadeau, chaque échec est une leçon. La rééducation d'aphasie post-AVC m'a particulièrement passionnée — voir un patient retrouver le mot « eau » après 6 mois de travail acharné, c'est une émotion que je n'imagine pas vivre dans un autre métier. Ce que je ferais différemment ? Je m'installerais d'emblée en cabinet de groupe : la solitude des premières années en libéral est sous-estimée. On a besoin de collègues pour discuter des cas complexes.

Camille D., 32 ans
Orthophoniste libérale à Lyon · 6 ans d'expérience · Passée par une PASS

Questions fréquentes

Combien d'années d'études pour devenir orthophoniste ?

5 ans après le bac, sanctionnés par le Certificat de capacité d'orthophoniste (CCO), équivalent à un bac+5 (master). Les études sont organisées en deux cycles : 3 ans de premier cycle (180 ECTS, bases théoriques) et 2 ans de second cycle (120 ECTS, pratique clinique et mémoire de recherche).

Faut-il passer par une PASS ou une LAS pour devenir orthophoniste ?

Non, ce n'est pas obligatoire. Le concours d'orthophonie est distinct de la PASS / LAS et accessible directement après le bac via Parcoursup. Cependant, beaucoup d'étudiants utilisent une année de PASS comme préparation : elle donne un solide socle scientifique (anatomie, neurologie, physiologie) très utile pour le concours, et l'année reste valorisable même en cas d'échec.

Quel est le salaire d'un orthophoniste en France ?

Environ 1 800 €/mois net en début de carrière à l'hôpital, 2 400 €/mois après 2 ans en libéral, 3 000 à 3 800 € après 10 ans, et jusqu'à 4 500 € en zones sous-dotées avec les aides à l'installation. Les revenus dépendent fortement du mode d'exercice, de l'ancienneté et de la localisation.

Le concours d'orthophonie est-il difficile ?

Oui, très sélectif : environ 5 % de réussite en moyenne. Pour 900 places nationales par an, on compte plus de 18 000 candidats. Les épreuves évaluent la maîtrise du français, le raisonnement logique, la culture générale et les sciences de la santé, suivies d'un oral d'admissibilité.

Combien d'orthophonistes en France ?

Environ 28 000 orthophonistes exercent en France en 2026, dont 80 % en libéral. La demande croît de 4 % par an et les délais d'attente en cabinet atteignent souvent 6 à 12 mois selon les zones, avec des pics au-delà de 2 ans dans les zones rurales.

Combien de centres de formation en orthophonie en France ?

17 centres de formation, généralement rattachés à une UFR de médecine : Paris (3 centres), Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lille, Strasbourg, Nancy, Caen, Tours, Rouen, Nantes, Besançon, Limoges, Montpellier, Poitiers et Nice. Chaque centre a sa propre sélection sur Parcoursup.

Peut-on exercer à l'étranger ?

Oui, le diplôme français est reconnu dans les pays de l'Union européenne et au Québec après équivalence. Belgique, Suisse, Luxembourg sont les destinations les plus fréquentes. Au Canada, une formation complémentaire est requise en plus de l'équivalence.

Quelle est la place des hommes dans la profession ?

La profession est très féminisée : 96 % de femmes en France. Les rares hommes qui s'engagent y sont très bien accueillis, et la profession cherche activement à se diversifier. Aucun frein particulier ne s'oppose à l'exercice masculin.

Faut-il aimer les enfants pour faire ce métier ?

Pas obligatoirement. Si 65 % de l'activité moyenne porte sur les enfants en libéral, on peut tout à fait orienter sa pratique vers l'adulte (aphasie, dysphonie, déglutition) ou la personne âgée (maladies neurodégénératives), notamment en exercice hospitalier ou mixte.

Le métier va-t-il être remplacé par l'IA ?

Non, la dimension relationnelle, l'observation clinique fine et l'adaptation en temps réel à l'état émotionnel du patient sont au cœur du métier — autant de domaines où l'IA reste très inférieure à l'humain. L'IA pourra aider à la documentation administrative, au choix des supports, mais pas à la rééducation elle-même.

PASS, LAS ou concours direct ? Notre conseil

Si vous hésitez entre passer un an en PASS ou viser directement le concours via Parcoursup, voici un cadrage objectif. Les trois voies sont possibles, mais elles ne se valent pas selon votre profil.

Voie 1 — Concours direct via Parcoursup. Adapté si vous avez un excellent dossier scolaire (mention bien ou très bien au bac), une maîtrise du français impeccable, et que vous êtes motivé·e à 100 %. Les centres regardent les notes de français, philosophie, biologie, langues. L'oral départage. Risque : si vous ratez, l'année de Parcoursup ne donne aucun crédit ECTS.

Voie 2 — PASS comme préparation. Beaucoup d'étudiants choisissent une PASS pour solidifier les bases scientifiques tout en préparant en parallèle le concours d'orthophonie. Avantages : on travaille la neuro-anatomie, la psychologie, la biologie au plus haut niveau ; en cas d'échec au concours d'ortho, on tente la 2ᵉ année de médecine, et même en cas de double échec, l'année donne 60 ECTS valorisables. Inconvénient : le rythme est très soutenu (le PASS est lui-même très sélectif).

Voie 3 — Licence universitaire (psychologie, sciences du langage, sciences de l'éducation). Adapté si vous voulez vous donner du temps pour mûrir le projet, ou si vos résultats au lycée ne sont pas excellents. Beaucoup d'orthophonistes ont commencé par une L1 de psychologie ou de sciences du langage, ce qui leur a donné un avantage clinique notable une fois en école.

Notre conseil : si vous avez le niveau pour une PASS, c'est statistiquement la voie la plus rentable, parce qu'elle débouche sur une vraie « assurance vie » en cas d'échec et qu'elle muscle votre profil pour le concours d'orthophonie. Une prépa Mediprep en parallèle de votre PASS vous permet de cibler à la fois la 2ᵉ année de médecine et le concours d'orthophonie, avec un seul socle de connaissances scientifiques.

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