Profession médicale · Bac+9

Devenir médecin généraliste : études, salaire et missions

Le médecin généraliste est le pilier du système de santé français. Premier recours pour 90 % des problèmes de santé, il accompagne ses patients sur toute leur vie. C'est aussi l'un des métiers les mieux rémunérés en France après les chirurgiens spécialistes — au prix de 9 à 11 années d'études exigeantes. Voici le guide complet pour 2026.

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Premier recours
Le pilier du système
de santé français.
Études
9 ans
PASS + 5 ans tronc commun + 3 ans internat
Salaire net (médian)
5 500 €
par mois en libéral après 5 ans
Sélection PASS
~10 %
de places en médecine
Facultés
32
facultés de médecine en France
En France
99 000
médecins généralistes en exercice
Tension
+15 %/an
métier en pénurie majeure (déserts médicaux)

En quoi consiste le métier de médecin généraliste ?

Le médecin généraliste, ou médecin de famille, est le premier recours médical pour la majorité des patients en France. Il assure le suivi global et continu d'une patientèle de tous âges, tous sexes, toutes pathologies, et coordonne le parcours de soins en orientant vers les spécialistes si nécessaire.

C'est un métier qui combine plusieurs dimensions : diagnostic clinique (interrogatoire, examen physique, prescription d'examens complémentaires), thérapeutique (prescription, conseil, accompagnement), préventif (vaccinations, dépistages, éducation à la santé), relationnel (écoute, pédagogie, gestion de l'angoisse) et administratif (certificats, arrêts de travail, comptabilité).

Les missions du quotidien

  • Consultations en cabinet — 80 % de l'activité. 25 à 35 patients par jour en moyenne, durée moyenne 15-20 minutes.
  • Visites à domicile — pour les patients à mobilité réduite, en EHPAD, ou en fin de vie.
  • Suivi des maladies chroniques — diabète, hypertension, asthme, dépression. C'est le cœur de l'activité auprès des patients de plus de 50 ans.
  • Pédiatrie courante — vaccinations, suivi du nourrisson, prises en charge des pathologies infantiles.
  • Médecine de la femme — contraception, suivi de grossesse simple, dépistage du cancer du col.
  • Gardes et permanence des soins — selon les zones, 1 à 4 gardes par mois (week-ends, jours fériés).

Les études : 9 à 11 ans selon la spécialité

Pour devenir médecin généraliste, le parcours minimum est de 9 ans après le bac. Pour un spécialiste (cardiologue, chirurgien, psychiatre…), c'est 10 à 12 ans.

Année 1 : la sélection PASS ou LAS

Tout commence par une année de sélection via PASS ou LAS, suivie d'une admission en deuxième année de médecine au sein d'une faculté de médecine. La sélection est l'une des plus drastiques de l'enseignement supérieur français : environ 10 % des étudiants en PASS accèdent à la médecine, 6 % en LAS.

Années 2 à 3 : DFGSM (premier cycle)

Diplôme de Formation Générale en Sciences Médicales (180 ECTS). Anatomie approfondie, sémiologie, embryologie, premiers stages d'observation hospitaliers, premiers cas cliniques.

Années 4 à 6 : DFASM (deuxième cycle, externat)

Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales. L'étudiant devient externe et passe la moitié de son temps en stages hospitaliers rémunérés (~150 €/mois). Il participe activement aux soins sous la supervision des internes et des séniors.

L'externat se termine par les EDN — Épreuves Dématérialisées Nationales (ex-ECN), un concours classant national qui détermine la spécialité et la ville du futur internat.

Années 7 à 9 : Internat de médecine générale

3 ans en tant qu'interne, avec rotation tous les 6 mois entre différents stages (médecine adulte, pédiatrie, gynéco, urgences, gériatrie, médecine de cabinet). L'interne est rémunéré (1 700 à 2 200 €/mois net selon ancienneté + gardes).

L'internat se termine par la soutenance d'une thèse de doctorat en médecine. À ce moment-là seulement, l'étudiant devient officiellement Docteur en Médecine.

Combien gagne un médecin généraliste ?

La rémunération varie énormément selon le mode d'exercice (libéral, salarié, mixte) et la zone géographique.

ProfilSalaire net mensuelConditions
Externe (DFASM)~150 €Stages hospitaliers
Interne 1ʳᵉ année1 700 €Hors gardes
Interne 3ᵉ année2 200 €+ 200-400 € de gardes
Médecin remplaçant3 500-5 000 €Avant installation
Libéral 1ʳᵉ année installation3 500 €Patientèle en construction
Libéral 5 ans5 500 €Patientèle stable, plein temps
Libéral 15 ans7 000-8 000 €Cabinet établi
Libéral en zone sous-dotéejusqu'à 10 000 €Aides à l'installation conventionnelles
Salarié hospitalier (PH)5 500-9 000 €Selon échelon, hors gardes

En libéral, le médecin facture chaque consultation 26,50 € (tarif conventionné secteur 1, applicable depuis fin 2024). Avec 30 patients/jour x 5 jours x 4 semaines, cela représente un chiffre d'affaires brut autour de 16 000 €/mois. Les charges (URSSAF, CARMF, loyer, secrétariat, comptable, mutuelle) absorbent 45 à 55 % du chiffre d'affaires.

Journée type d'un médecin généraliste libéral

Pour comprendre concrètement le métier, voici la journée d'un médecin généraliste de 38 ans installé en cabinet de groupe à Reims depuis 6 ans, en zone semi-rurale modérément dotée :

7 h 30
Arrivée et préparation

Allumage des appareils (ECG, otoscope, tensiomètre). Lecture des résultats d'analyses tombés pendant la nuit. Tri des courriers spécialistes.

8 h - 12 h 30
Consultations matinales

14 patients enchaînés, durée moyenne 18 minutes : suivi diabète, vaccination grippale, pédiatrie courante (otite, gastro), consultation de prévention (frottis), renouvellement d'ordonnance, lombalgie aiguë, suivi post-AVC.

12 h 30 - 14 h
Pause & administratif

Déjeuner avec les confrères du cabinet. 30 minutes consacrées aux mails, aux certificats à signer, aux courriers vers spécialistes, à la mise à jour des dossiers patients.

14 h - 16 h
Visites à domicile

3 visites : un patient en EHPAD (suivi Alzheimer), une patiente alitée post-fracture du col du fémur, un certificat de décès au domicile d'un patient âgé.

16 h 30 - 19 h 30
Consultations après-midi

10 patients : enfants après l'école, adultes en sortie de travail (mal de dos, anxiété, sevrage tabagique), suivi de grossesse, douleur thoracique nécessitant ECG et envoi aux urgences.

19 h 30 - 20 h 30
Comptes-rendus et fermeture

Rédaction des comptes-rendus complexes, télétransmissions, vérification des résultats d'analyses. Total : 27 patients vus, 3 visites à domicile, 12 h de travail effectif.

Cette journée est représentative d'un généraliste libéral à plein temps en zone semi-rurale. À Paris ou dans une grande ville, la durée moyenne de consultation est plus courte (12-15 min) avec des patients plus exigeants en information. À l'hôpital, le rythme est différent : moins de patients vus en consultation mais davantage de réunions multidisciplinaires, de visites en service et de gardes nocturnes.

Les spécialités médicales accessibles après l'EDN

Après le 2ᵉ cycle, les Épreuves Dématérialisées Nationales (EDN, ex-ECN) déterminent la spécialité et la ville d'internat. Voici les principales filières avec leur durée d'internat et leur niveau de sélectivité.

Médecine générale (3 ans d'internat)

La plus accessible numériquement, environ 40 % des places d'internat. C'est la spécialité de premier recours, la plus polyvalente. Durée totale de formation : 9 ans après le bac. Salaire moyen libéral installé : 5 500 à 8 000 €/mois après 5 ans, jusqu'à 10 000 € en zone sous-dotée avec aides à l'installation. Reste la voie statistiquement la plus accessible et celle dont la France a le plus besoin (déserts médicaux).

Spécialités médicales (4-5 ans d'internat)

Cardiologie, gastro-entérologie, néphrologie, pneumologie, endocrinologie, oncologie médicale, neurologie, dermatologie, ORL, ophtalmologie, gynécologie médicale, médecine interne, médecine vasculaire, rhumatologie, psychiatrie, pédiatrie. Sélectivité très variable : extrêmement forte pour ophtalmologie et dermatologie (top 5 % à l'EDN), plus accessible pour médecine vasculaire, gériatrie ou médecine du travail. Durée totale : 10-11 ans. Revenus libéraux : 6 000 à 15 000 €/mois selon la spécialité et l'ancienneté.

Spécialités chirurgicales (5-6 ans d'internat)

Chirurgie orthopédique, neurochirurgie, chirurgie cardio-thoracique, chirurgie viscérale, chirurgie pédiatrique, chirurgie maxillo-faciale, urologie, chirurgie plastique. Très sélectives, particulièrement chirurgie plastique reconstructive (top 1 % EDN) et orthopédie. Durée totale d'études : 11 à 12 ans. Revenus libéraux les plus élevés du secteur médical (12 000 à 30 000 €/mois selon les actes, notamment en chirurgie plastique privée et orthopédie sportive).

Spécialités d'imagerie et d'investigation (4-5 ans)

Radiologie, médecine nucléaire, anatomopathologie, biologie médicale. Spécialités techniques, peu de contact patient direct, très bons salaires. Forte sélectivité en radiologie et imagerie médicale (top 10 % EDN). Revenus libéraux : 12 000 à 25 000 €/mois pour un radiologue installé en cabinet de groupe.

Spécialités d'urgence et d'anesthésie

Anesthésie-réanimation (5 ans d'internat), médecine d'urgence (4 ans), réanimation médicale. Très demandées, conditions de travail intenses (gardes nocturnes, week-ends), revenus solides (8 000 à 14 000 €/mois). L'anesthésie-réanimation est l'une des spécialités les plus prestigieuses, recherchée par les profils techniques.

Santé publique et médecine du travail

Spécialités moins demandées mais offrant une excellente qualité de vie (horaires fixes, pas de gardes). Médecine du travail : 4 ans d'internat, salaires de 4 500 à 7 000 €/mois. Santé publique : 4 ans, débouchés en agences sanitaires (ARS, Santé publique France), recherche, ONG.

L'installation : libéral, salarié ou mixte ?

Une fois sa thèse soutenue, le jeune médecin a plusieurs options :

1. Le remplacement

Beaucoup de jeunes diplômés font 1 à 3 ans de remplacements avant de s'installer. Cela permet de tester différents cabinets, différentes zones, différents modes de fonctionnement, sans s'engager. Statut autonome, revenus de 3 500 à 5 000 €/mois net.

2. L'installation libérale

L'option la plus rémunératrice à moyen terme. Création de cabinet seul (rare et coûteux) ou association (le plus fréquent). Les aides à l'installation en zone sous-dotée peuvent atteindre 50 000 € sur 5 ans, plus une majoration des honoraires.

3. Le salariat (hôpital, centre de santé, médecine du travail)

Sécurité de l'emploi, horaires fixes, pas de gestion administrative. Salaires de 5 500 à 9 000 € net selon les fonctions. Particulièrement adapté aux profils qui veulent éviter la gestion d'entreprise.

4. L'exercice mixte

Combinaison libéral + salarié. Beaucoup de médecins font 3-4 jours de cabinet libéral + 1 jour en EHPAD ou en clinique salariée. Le mix idéal pour beaucoup.

Les réalités méconnues du métier de médecin généraliste

Au-delà des chiffres et des études, voici quelques réalités du quotidien que peu de brochures évoquent honnêtement.

La charge mentale est colossale

Un médecin généraliste prend, par jour, en moyenne 50 à 80 décisions cliniques. Chaque consultation engage une responsabilité légale et morale : prescrire ou pas, orienter ou pas, suspecter une pathologie grave derrière un symptôme banal. Cette tension cognitive permanente est l'une des causes principales du burn-out médical, qui touche 1 médecin sur 4 selon les études récentes du Conseil National de l'Ordre.

L'isolement professionnel reste fréquent

Près de 40 % des généralistes français exercent encore seuls, sans cabinet de groupe. Cela signifie : pas de second avis immédiat, pas de remplaçant facile à trouver pour partir en vacances, pas de partage des frais fixes. Les jeunes médecins préfèrent désormais largement les cabinets de groupe ou les maisons de santé pluriprofessionnelles, qui se développent partout en France grâce aux aides de l'ARS.

Le rapport au temps est complexe

La consultation moyenne dure 15-18 minutes, mais une consultation peut s'étirer à 45 minutes pour un cas complexe (annonce de cancer, dépression sévère, médecin de patient âgé polypathologique). Le défi quotidien est de tenir un rythme acceptable tout en donnant à chaque patient le temps qu'il mérite. Beaucoup de généralistes décrivent une tension permanente entre quantité et qualité.

Le rapport à l'argent est parfois inconfortable

Beaucoup de généralistes français trouvent culturellement inconfortable de "faire payer" leurs patients. La consultation conventionnée à 26,50 € reste basse au regard des responsabilités engagées. Les dépassements d'honoraires en secteur 2 ou hors-conventionnement attirent une partie des spécialistes mais restent marginaux en médecine générale.

La paperasse explose

Un généraliste consacre aujourd'hui 2 à 3 heures par jour à des tâches administratives non rémunérées : certificats médicaux (sport, école, accident, décès), lettres aux confrères, télétransmissions, formulaires CPAM, déclarations d'ALD, rendez-vous AT/MP. Cette charge bureaucratique est l'une des principales causes de fatigue déclarée par les médecins en exercice.

La satisfaction reste pourtant élevée

Malgré ces difficultés, les enquêtes successives du CNGE (Conseil National des Généralistes Enseignants) montrent que 85 % des médecins généralistes recommanderaient le métier à leurs enfants. La relation longue avec les patients, la diversité des situations cliniques, l'utilité sociale visible et l'autonomie professionnelle restent des sources de satisfaction profonde, qui compensent largement les frustrations administratives et les contraintes de gardes.

Évolutions de carrière au-delà du cabinet

Le diplôme de médecin généraliste n'enferme pas dans le cabinet libéral. Plusieurs voies de diversification sont possibles, parfois en seconde partie de carrière.

Médecin coordonnateur d'EHPAD

Les EHPAD doivent légalement employer un médecin coordonnateur. Mission : suivi médical des résidents, formation des équipes soignantes, lien avec les médecins traitants. Salaire : 60 à 90 € de l'heure, généralement à temps partiel (8 à 16 heures/semaine), compatible avec une activité libérale.

Médecin du sport

Capacité de médecine du sport (1 an de formation supplémentaire) ouvrant la voie au suivi médical des sportifs amateurs et professionnels, des équipes de clubs, des fédérations. Voie passionnante mais difficile à monétiser hors structures professionnelles.

Médecin expert auprès des assurances ou tribunaux

Après quelques années d'exercice, possibilité de devenir médecin expert (judiciaire, assurantiel, ARS). Activité bien rémunérée (300 à 800 € par expertise), exigeant un certain recul et une formation juridique de base.

Enseignement universitaire (PU-PH, MCU-PH)

Pour les médecins ayant soutenu une thèse de sciences en plus de leur thèse d'exercice, possibilité d'accéder à des postes hospitalo-universitaires. Combine activité clinique (50 %), enseignement (25 %) et recherche (25 %). C'est la voie noble du métier.

Médecin humanitaire

Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, Croix-Rouge. Missions de 6 mois à plusieurs années dans des contextes de guerre, de catastrophe ou de précarité. Indemnisation modeste mais expérience humaine et clinique exceptionnelle.

Reconversion vers la santé publique ou les médias

Master de santé publique (1-2 ans) pour basculer vers les agences sanitaires, les ONG, les organismes internationaux (OMS). Quelques médecins se reconvertissent également dans le journalisme médical, le conseil en stratégie pour entreprises pharmaceutiques, ou la rédaction de livres grand public.

Témoignage : Antoine, médecin généraliste libéral à Reims

Voici le témoignage d'Antoine, 38 ans, médecin généraliste libéral installé en cabinet de groupe à Reims depuis 6 ans, après 3 ans de remplacements en zone rurale Champagne-Ardenne.

« J'ai fait ma PASS à Reims, je suis passé du premier coup. C'est ma plus grande fierté. Les 9 années qui ont suivi ont été un marathon : externat, EDN classés (j'ai eu mon premier choix : médecine générale à Reims), 3 ans d'internat, ma thèse. À 30 ans, j'ai fait 3 ans de remplacements en zone rurale (Argonne, Vouziers) avant de m'associer en cabinet de groupe au centre-ville de Reims. Aujourd'hui, je vois 25-30 patients par jour, je gagne 7 500 €/mois après remboursement de mes prêts d'études et d'installation, et je commence à voir des patients que je suis depuis l'enfance — c'est une satisfaction immense. Les difficultés ? La paperasse (3 heures par jour), les gardes obligatoires de week-end (1 fois par mois), la pression administrative croissante (SOPRANO, télétransmissions, certificats AT/MP). Mais quand un patient me dit "merci docteur" parce que j'ai diagnostiqué tôt son cancer, ça vaut largement les frustrations. À tous les futurs médecins : ne faites pas ce métier pour l'argent. Faites-le si vous avez la conviction profonde que vous voulez aider les gens dans leur parcours de santé. Sinon vous abandonnerez à mi-parcours. »

Le métier de médecin généraliste à l'international

Suisse : revenus exceptionnels

Les médecins généralistes suisses gagnent 15 000 à 30 000 CHF/mois (16 000 à 32 000 €) en libéral installé. Reconnaissance du diplôme français via la MEBEKO + examen suisse fédéral pour exercer. Conditions excellentes : faible numerus clausus, patients solvables avec assurances, peu de paperasse administrative. Les cantons frontaliers (Genève, Vaud, Jura) attirent particulièrement les médecins français.

Belgique : équivalence directe

Reconnaissance automatique. Salaires : 7 000-10 000 €/mois en libéral. La Belgique connaît elle aussi une pénurie de généralistes, particulièrement en Wallonie. Bruxelles francophone et Liège recrutent activement.

Royaume-Uni : NHS en crise

Le NHS britannique manque de médecins. Salaires : 75 000 à 130 000 £/an pour un GP (90 000 à 155 000 €). Reconnaissance via le General Medical Council (GMC). Conditions : test linguistique IELTS C1, examens spécifiques. Charge de travail très élevée.

Canada : l'eldorado francophone (avec contraintes)

Au Québec, équivalence partielle puis examen du Conseil médical du Canada (CMC). Salaires : 220 000 à 400 000 CAD/an (150 000 à 275 000 €). Forte demande, particulièrement en régions éloignées (Abitibi, Côte-Nord, Nouvelle-Écosse). Beaucoup de médecins français francophones tentent l'aventure pour la qualité de vie et la reconnaissance professionnelle (les généralistes y ont des prérogatives plus larges qu'en France).

Émirats Arabes Unis et Australie

Émirats : revenus très élevés (8 000-15 000 €/mois nets d'impôts) mais barrières culturelles fortes. Australie : 200 000 à 350 000 AUD/an, équivalence via le AMC, test d'anglais OET requis.

L'humanitaire : MSF, MDM, OMS

Médecins Sans Frontières recrute environ 200 médecins français par an pour des missions de 6 mois à 2 ans. Indemnités modestes (1 800-2 800 €/mois) mais expérience humaine et clinique exceptionnelle. Recommandé après 5-10 ans d'exercice en France pour avoir l'autonomie clinique nécessaire.

Trois autres parcours médicaux : du rural à l'urgentiste en passant par la spécialisation

Sophie, 42 ans — médecin généraliste rurale en Lozère

« Je suis installée à Marvejols (5 000 habitants) depuis 12 ans. Quand je suis arrivée, le médecin précédent partait en retraite, il n'y avait plus que lui sur 30 km. J'ai bénéficié des aides d'installation maximales : 50 000 € sur 3 ans, exonération de charges la première année, majoration de mes honoraires de 30 % pendant 3 ans. Aujourd'hui je gagne 11 000 €/mois nets, je travaille 5 jours et demi par semaine, je connais tous mes patients par leur prénom (3 200 dossiers actifs) et leurs enfants par leur date de naissance. Mes journées finissent souvent à 21 h, j'ai 1 garde de week-end par mois sur secteur, et je fais 6-8 visites à domicile chez les personnes âgées chaque jour. C'est un métier de "médecine de famille" au sens littéral — je suis comme un membre de la famille pour beaucoup de mes patients. Le revers : isolement professionnel (pas de cabinet de groupe à proximité), couverture parfois difficile pour mes propres congés, sentiment de ne jamais pouvoir s'arrêter. Mais je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. La ruralité est l'avenir de la médecine française. »

David, 35 ans — urgentiste au CHU de Bordeaux

« J'ai choisi la médecine d'urgence après mon EDN à Bordeaux. 4 ans d'internat intenses dans 5 services différents (urgences générales, urgences pédiatriques, SMUR, réanimation, traumatologie). Aujourd'hui, je travaille en gardes 24 h aux urgences du CHU de Bordeaux. Mon planning : 12 gardes par mois, soit environ 240 h/mois (dont 120 h "actives", le reste en repos compensateur). Je gagne 7 800 €/mois nets en moyenne, avec des pics à 9 500 € lors des mois chargés en gardes nuit/dimanche. Le métier est éprouvant — je vois des choses que je préfère ne pas raconter au dîner — mais profondément stimulant. Chaque garde, je sauve des vies. Concrètement. À 35 ans, je commence à fatiguer du rythme : je vise une bascule en 80 % d'activité dans 2 ans, ou un passage en SMUR héliporté pour changer de cadre. L'urgentiste reste un métier à haute intensité psychologique — peu peuvent le faire toute leur carrière. »

Émilie, 31 ans — gynécologue médicale en cabinet privé à Paris

« Après ma PASS à Sorbonne Université (réussie au premier coup, j'ai eu 16,2 de moyenne au bac), je voulais l'ophtalmologie. Mais j'ai été 200 places trop loin à l'EDN. J'ai pris gynécologie médicale qui était mon 4ᵉ choix, et je ne regrette absolument pas. C'est une spécialité magnifique : on accompagne les femmes sur des moments-clés de leur vie (contraception, fertilité, ménopause), on fait beaucoup de prévention, peu de gardes. Je consulte en cabinet privé à Paris 16ᵉ depuis 2 ans, je vois 18-22 patientes par jour, et je gagne 9 500 €/mois nets en secteur 2 (avec dépassements modérés). J'ai 8 semaines de congés par an, pas de gardes hospitalières. Le métier rêvé pour qui veut combiner médecine de qualité et qualité de vie. Mon conseil aux étudiants : ne fixez pas un seul choix d'EDN, soyez prêts à plusieurs spécialités proches. La meilleure spécialité, c'est celle qui correspond à votre tempérament — pas celle qui paie le mieux. »

Conseils pour les futurs candidats à la médecine

Comprendre l'engagement réel

Le parcours médecine est un engagement de 9 à 12 ans après le bac, dont au moins 5 ans d'exercice intensif (externat, internat) avec des journées de 12-14 heures, des gardes nocturnes, et une charge psychologique permanente. Avant de vous lancer, prenez 2-3 jours de stage d'observation chez un médecin libéral et 2-3 jours en service hospitalier. C'est très différent de ce que les séries TV laissent imaginer.

Soigner le bac et le dossier Parcoursup

Pour la PASS, les notes du bac comptent dans la sélection Parcoursup. Visez l'excellence en mathématiques, physique-chimie, SVT, philosophie et anglais. Les facultés les plus prestigieuses (Sorbonne, Paris Cité, Lyon, Bordeaux) regardent particulièrement les notes de spécialités scientifiques.

Anticiper la dimension financière

Les études médicales coûtent peu en frais de scolarité (universitaires, ~300 €/an), mais la durée + le coût de la vie en grande ville représentent un investissement de 80 000 à 150 000 € sur 9 ans. Anticipez ce coût avec votre famille : bourse CROUS, prêt étudiant, contrat d'apprentissage hospitalier (rare en médecine), travail d'été. Les revenus d'externat (~150 €/mois) et d'interne (1 700-2 200 €/mois) compensent partiellement les dernières années.

Choisir la bonne fac

Pas tous les facs ne se valent pour la médecine. Voir notre classement des 32 facs de médecine en France. Critères : taux d'admission, taille de promotion, qualité du plateau hospitalier, coût de la vie locale. La fac la plus proche de chez vous est souvent le meilleur choix : les statistiques montrent que les étudiants qui restent dans leur académie d'origine ont un taux de réussite supérieur de 4-7 % à ceux qui partent loin.

Se préparer mentalement à la pression

L'externat (années 4-6) et l'internat (années 7-9) sont psychologiquement éprouvants : confrontation à la souffrance, aux mauvaises nouvelles, aux décès, aux familles en détresse. Beaucoup d'étudiants connaissent une dépression ou un burn-out à un moment de leur parcours. Construire dès la PASS un réseau de soutien (famille, amis, psychologue de service de santé universitaire) est essentiel.

Penser la spécialité dès l'externat

Le choix de spécialité se fait via les EDN à la fin de l'externat (année 6). Mais les stages d'externat permettent de tester plusieurs spécialités. Profiter des années 4-5-6 pour faire des stages dans des spécialités qui vous attirent (cardiologie, pédiatrie, urgences, anesthésie) vous aidera à faire un choix éclairé pour les EDN.

Êtes-vous fait·e pour devenir médecin généraliste ?

Avant de vous engager dans 9 années d'études exigeantes, vérifiez si votre profil correspond.

Avantages et inconvénients du métier

Avantages
  • Métier d'utilité publique majeure
  • Excellente rémunération en libéral (5 500 à 10 000 €/mois)
  • Demande gigantesque, pas de chômage
  • Liberté d'exercice totale (libéral, salarié, mixte)
  • Aides à l'installation très généreuses en zones sous-dotées
  • Reconnaissance sociale très élevée
  • Diversité quotidienne des pathologies et des publics
  • Métier qui nourrit intellectuellement toute une vie
Inconvénients
  • 9 années d'études extrêmement exigeantes
  • Sélection PASS très drastique (~10 % d'admis)
  • Charge horaire libérale : 50 à 60 h/semaine
  • Gardes obligatoires, week-ends et jours fériés
  • Charge émotionnelle lourde (deuils, mauvaises nouvelles)
  • Lourdeur administrative croissante
  • Risque de contentieux médical en hausse
  • Burn-out fréquent en milieu de carrière (1 médecin sur 4)

Témoignage : Élise, médecin généraliste à Reims

EL

J'ai toujours voulu être médecin. J'ai redoublé ma PASS, c'est dire si c'est dur. Aujourd'hui, à 33 ans, j'exerce en cabinet de groupe à Reims depuis 4 ans. Je gagne très bien ma vie (autour de 6 500 € net), j'ai un travail qui a du sens, et je vois mes enfants grandir. Mais je ne mentirai pas : je travaille 55 heures par semaine, je rentre épuisée le soir, et la pression administrative est étouffante. Je conseille à tous les jeunes : si vous êtes 100 % sûrs de vouloir ça, foncez. Si vous hésitez, regardez la kiné ou la sage-femme — études plus courtes, qualité de vie meilleure.

Élise L., 33 ans
Médecin généraliste libérale à Reims · 4 ans d'exercice · Passée par PASS

Questions fréquentes

Combien d'années pour devenir médecin généraliste ?

9 ans minimum : 1 an de PASS ou LAS, 5 ans de tronc commun (DFGSM + DFASM), puis 3 ans d'internat de médecine générale (DES). Pour un spécialiste, comptez 10 à 12 ans.

Quel est le salaire d'un médecin généraliste ?

1 700 €/mois net en internat, 5 500 €/mois net en libéral après 5 ans, 7 000 à 8 000 € après 15 ans, jusqu'à 10 000 € en zone sous-dotée. À l'hôpital salarié : 5 500 à 9 000 €/mois selon échelon.

Faut-il faire la PASS ou la LAS pour devenir médecin ?

Les deux voies y donnent accès. La PASS est plus directe (1 tentative) avec ~28 % de réussite, la LAS plus longue (2 tentatives) avec ~18 % de réussite globale. La PASS reste statistiquement la voie la plus rentable pour viser médecine.

Le métier est-il en pénurie en France ?

Oui, gravement. La France compte environ 99 000 généralistes pour 67 millions d'habitants, avec une démographie médicale en baisse. Les zones sous-dotées concernent 30 % du territoire, et les délais de RDV peuvent atteindre 2 mois.

Y a-t-il des spécialités médicales mieux rémunérées que la médecine générale ?

Oui, plusieurs. Les chirurgiens ortho, plasticiens, ophtalmologues et cardiologues interventionnels gagnent en moyenne 2 à 3 fois plus en libéral. Mais les études sont plus longues (10-12 ans) et la sélection à l'internat plus rude.

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